Quitter la lumière facile de la musique profane pour le chemin plus exigeant du gospel, c’est accepter de se confronter à sa propre vérité. Pour Corneille Akim, mieux connu sous le nom de scène Cor Akim, ce choix n’a rien d’anodin. Entre désillusions liées au succès, quête de dignité et responsabilité de père, ce jeune musicien de Bukavu a décidé de redonner à son art un sens plus profond : celui de l’exemple, de la foi et de l’héritage.
Aujourd’hui basé à Nairobi, au Kenya, Cor Akim est pianiste, auteur-compositeur, arrangeur et mentor artistique. Il a débuté sa carrière en 2014 avec un instrument qui, dit-il, a été son premier confident : le piano. Son ambition ? Donner une voix à ceux qui n’en ont pas et porter la culture congolaise bien au-delà des frontières.
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« Mon inspiration vient de mon vécu, de la beauté et des douleurs du Kivu. J’ai grandi en écoutant la Rumba, le Jazz et la musique classique, mais c’est surtout le désir de transformer la souffrance en espoir qui nourrit mes textes », confie-t-il.
Le chemin n’a pas été simple. Entre manque d’infrastructures, insécurité pesant sur la liberté d’expression et difficultés à bâtir une carrière indépendante dans une industrie encore fragile, Cor Akim a dû faire preuve de patience, de formation continue et d’auto-production. Mais animé par la foi et la passion, il a appris à croire que la qualité du travail et la conviction spirituelle finissent toujours par porter leurs fruits.
Le premier véritable éclat de reconnaissance est arrivé en 2016 avec sa chanson « Sorry Really », élue « Meilleure chanson de la province ». Un moment qui, selon lui, reste gravé : la connexion unique avec son public et l’amour qu’il lui témoigne.
Du profane au gospel : un virage conscient
Mais après plusieurs années dans la musique profane, la question s’est imposée : pourquoi ce virage vers le gospel ?
Cor Akim, connu à Bukavu pour des titres comme « Te rencontrer », « Tu peux compter sur moi » ou encore « Et si tu pouvais… », a choisi la voie de la musique religieuse pour deux raisons essentielles :
- La quête de dignité : « Tout est vanité dans le monde profane. Le succès pousse souvent aux controverses et à une vie sans honneur. Je voulais une musique qui me permette de vivre dignement, pour la gloire de Dieu et non pour la mienne. »
- La responsabilité de père : « En devenant parent, je me suis demandé quel exemple je laissais à mes enfants. Je voulais qu’ils puissent être fiers de mes chansons et les suivre sans réserve. »
Depuis 2023, Cor Akim signe son retour avec le titre gospel « Mkuu » (« Grand »), suivi de « Shukrani » (« Merci »). Et très bientôt, il dévoilera « Simba wa Yudah » (« Le lion de Judah »), un hymne de triomphe et de victoire face aux épreuves de la vie.
Pour lui, la différence entre la musique profane et religieuse est radicale : d’un côté, la pression épuisante de la reconnaissance et de la compétition ; de l’autre, la paix intérieure et la liberté trouvées en Dieu. Son art, désormais, n’a plus pour seule mission de séduire les foules, mais de porter un message de foi et d’espoir.
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« Peu importe les épreuves et les obstacles, j’ai un Dieu puissant », résume-t-il. Une conviction que ses chansons gospel traduisent pleinement, mêlant talent, technique et spiritualité.
Cor Akim lance également un appel vibrant aux jeunes.
« Ne laissez personne éteindre votre lumière. Le talent est un don, mais la discipline est un choix. Soyez fiers de vos racines, travaillez avec excellence et servez l’Éternel. Le vrai succès, celui qui apporte la paix et dure pour l’éternité, se trouve en Dieu. »
Pour lui, la créativité doit devenir un instrument de guérison, enracinée dans la foi et la conscience. Et il invite chacun à écouter « Simba wa Yudah », espérant que cette musique apporte la paix et renforce la foi dans le cœur de ceux qui l’entendent.
Entre piano, notes et prière, Cor Akim trace aujourd’hui un chemin unique : celui d’un artiste qui a choisi de transformer la lumière de la célébrité en flamme d’espérance.
Vinciane Ntabala

