La Cour pénale internationale (CPI) affirme disposer de preuves solides établissant la commission de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans la ville d’Al Fasher, au Darfour. L’annonce a été faite devant le Conseil de sécurité des Nations unies par la procureure adjointe de la CPI, Nazhat Shameem Khan, sur la base d’éléments satellitaires et de documents audiovisuels.
Selon le Bureau du procureur, les faits documentés s’inscrivent dans le cadre du siège mené par les Forces de soutien rapide (FSR) en octobre 2025, et confirment un schéma déjà observé précédemment dans d’autres villes du Darfour, notamment à El Geneina en 2023.
« Ce caractère criminel se répète de ville en ville au Darfour », a déclaré Mme Khan, soulignant que les détentions arbitraires, les mauvais traitements et les exécutions sommaires font partie d’un même mode opératoire.
Les données recueillies par la CPI — images satellites, vidéos et enregistrements audio — montrent un ciblage systématique des populations appartenant à des tribus non arabes, une caractéristique qui renforce la qualification de crimes contre l’humanité.
L’un des aspects les plus graves mis en évidence concerne l’usage de la violence sexuelle comme arme de guerre. La CPI indique que ces actes sont utilisés pour terroriser, humilier et briser les communautés, dans une logique de domination et de destruction sociale.
La procureure adjointe a rappelé la condamnation d’Ali Mohammed Abdul Rahman en octobre 2025, un verdict historique à double titre :
- c’est la première condamnation issue d’un dossier transmis par le Conseil de sécurité à la CPI,
- et la première décision reconnaissant officiellement la persécution fondée sur le genre.
La présentation de ce rapport s’est déroulée dans un contexte diplomatique tendu. Nazhat Shameem Khan a dû intervenir à distance, les autorités américaines lui ayant refusé le visa nécessaire pour se rendre au siège de l’ONU à New York.
Ce refus a suscité l’indignation de plusieurs membres du Conseil de sécurité, les États-Unis étant tenus, en tant que pays hôte de l’ONU, de faciliter l’accès des responsables en mission officielle.
Malgré les défis sécuritaires et les difficultés liées à la protection des témoins, la CPI affirme que le dossier du Darfour reste une priorité absolue. Elle note par ailleurs une coopération accrue avec les autorités de Port-Soudan et plusieurs États africains dans le cadre de ses enquêtes.
Joseph Aciza

