L’année 2026 s’ouvre comme l’un des cycles électoraux les plus denses de la dernière décennie en Afrique subsaharienne. Plus d’une dizaine de pays sont appelés aux urnes, dans un contexte marqué à la fois par des aspirations démocratiques fortes, des fragilités sécuritaires persistantes et des attentes pressantes en matière de développement. Ce marathon électoral est observé de près par les populations locales comme par la communauté internationale, tant il pourrait redessiner les équilibres politiques et institutionnels de la région.
Afrique de l’Est : entre longévité politique et transitions incertaines
En Ouganda, le processus électoral s’est ouvert sous haute surveillance. À 81 ans, le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, brigue un septième mandat face à l’opposant Bobi Wine, figure emblématique d’une jeunesse en quête de changement. Avec plus de 21,6 millions d’électeurs inscrits, l’enjeu dépasse le simple scrutin : il s’agit de tester la capacité du système politique à intégrer une population jeune, urbaine et de plus en plus critique, dans un climat de restrictions médiatiques et sécuritaires.
En Éthiopie, les élections générales prévues le 1er juin visent à consolider une paix encore fragile après la guerre du Tigré. Le Premier ministre Abiy Ahmed et son Parti de la Prospérité cherchent à renforcer leur légitimité dans un État fédéral marqué par de fortes tensions ethniques, notamment en Oromia et en Amhara, où l’instabilité demeure.
À Djibouti, le scrutin attendu d’ici avril semble joué d’avance. Le président Ismail Omar Guelleh, 77 ans, se présente pour un sixième mandat après la suppression de la limite d’âge. Malgré quelques candidatures alternatives, l’espace politique reste étroit, alimentant les critiques sur le pluralisme démocratique.
Le Soudan du Sud incarne sans doute le test le plus délicat. Prévues pour le 22 décembre, ces élections seraient les premières depuis l’indépendance en 2011. Entre réformes sécuritaires inachevées et rivalité persistante entre Salva Kiir et Riek Machar, le scrutin apparaît comme un pari risqué pour une paix encore fragile.
Afrique centrale : continuité du pouvoir et attentes de réforme
En République du Congo, Denis Sassou Nguesso, 82 ans, se représentera le 22 mars pour un nouveau mandat. Face à lui, une opposition regroupée au sein de l’Alliance pour l’alternance démocratique en 2026 tente de faire émerger une alternative crédible. Le défi majeur reste la transformation de la stabilité politique en progrès économiques tangibles pour la population.
Au Cameroun, les élections législatives, reportées d’un an, sont attendues d’ici mai. Le RDPC du président Paul Biya conserve une domination quasi totale, mais la pression sociale et politique s’accentue, notamment autour des crises sécuritaires et des revendications pour une plus grande ouverture démocratique.
À Sao Tomé-et-Principe, l’année sera rythmée par une présidentielle en juillet et des législatives en septembre. Souvent cité comme modèle démocratique, l’archipel devra toutefois composer avec des tensions institutionnelles récentes entre la présidence et la primature.
Afrique de l’Ouest : transitions et modèles contrastés
Le Bénin vivra un tournant historique le 12 avril, avec le départ annoncé du président Patrice Talon, qui ne brigue pas un nouveau mandat. Le scrutin opposera le candidat de la majorité, Romuald Wadagni, à une opposition en quête de rééquilibrage du jeu politique, dans un contexte où le système de parrainages continue de susciter des controverses sur l’inclusivité.
En Gambie, le président Adama Barrow tentera de décrocher un troisième mandat le 5 décembre. Le pays, qui conserve son système de vote par billes, reste à la croisée des chemins après l’échec de la réforme constitutionnelle sur la limitation des mandats.
Le Cap-Vert, souvent cité en exemple, organisera des législatives en avril et une présidentielle en octobre. L’alternance pacifique y est une tradition bien ancrée, offrant un contre-modèle positif dans un environnement régional parfois instable.
Afrique australe : l’épreuve de la consolidation démocratique
En Zambie, le président Hakainde Hichilema sera jugé sur son bilan le 13 août. Élu en 2021 sur la promesse d’un redressement économique et d’une gouvernance plus transparente, il affrontera une opposition structurée. Le pays reste l’un des rares exemples récents de transitions pacifiques consolidées dans la région.
Une année décisive pour l’avenir démocratique
Si les élections en Afrique subsaharienne sont souvent synonymes de tensions, elles représentent aussi une opportunité majeure de consolidation de la paix et du développement. La légitimité des institutions, la crédibilité des processus électoraux et la capacité des dirigeants à privilégier l’intérêt général seront déterminantes.
En 2026, l’Afrique subsaharienne ne vote pas seulement pour des dirigeants, mais pour une orientation politique, sociale et économique. De la transparence des scrutins et du respect des règles démocratiques dépendra la capacité du continent à transformer cette séquence électorale en véritable levier de stabilité et de progrès.

