À moins de dix jours des élections générales du 15 janvier 2026, le climat politique en Ouganda se dégrade brutalement. Entre l’agression filmée d’un journaliste et les accusations de torture relayées par Amnesty International, le régime de Yoweri Museveni est pointé du doigt pour sa gestion répressive de la campagne.
En Ouganda, l’étau se resserre chaque jour un peu plus sur les voix dissidentes et les observateurs indépendants. Dernier incident en date : l’agression violente d’Ivan Mbadi, journaliste de télévision, le lundi 5 janvier. Alors qu’il couvrait un déplacement de Bobi Wine, principal adversaire du président sortant, Ivan Mbadi a été pris à partie par des policiers. Les images, largement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent le reporter la tête plaquée contre un véhicule et son matériel de travail systématiquement détruit.
Selon des propos rapportés par TV5MONDE, Bobi Wine a condamné l’acte dès le lendemain. Pour lui, il ne s’agit pas d’un dérapage isolé, mais d’une stratégie délibérée visant ceux qui témoignent des réalités de la campagne de l’opposition. Cette attaque s’inscrit dans un contexte de censure croissante, le gouvernement ayant formellement interdit la diffusion en direct « d’émeutes ou d’incidents violents », une mesure perçue comme un black-out informationnel pré-électoral.
Le même jour, l’ONG Amnesty International a publié un rapport accablant. Elle accuse les forces de sécurité de mener une « campagne brutale de répression » incluant :
- Des arrestations arbitraires : environ 400 partisans de la Plateforme d’unité nationale (NUP) auraient été interpellés ces derniers mois.
- Des actes de torture : l’ONG documente l’usage d’une force « excessive et inutile » lors des rassemblements de l’opposition.
- Des violences meurtrières : un membre du NUP a déjà perdu la vie fin novembre lors d’une intervention policière.
« Les autorités rendent extrêmement difficile l’exercice des droits à la liberté d’association et de réunion pacifique », a fustigé Tigere Chagutah, représentant de l’organisation.
À 81 ans, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, brigue un nouveau mandat face à Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine. Le chanteur de 43 ans, devenu l’icône d’une jeunesse avide de changement, espère éviter le scénario de 2021. À l’époque, la campagne s’était soldée par plus de 50 morts et une coupure totale d’Internet le jour du vote.
Cette année encore, la menace d’une déconnexion plane. Alors que le gouvernement a restreint l’importation de récepteurs Starlink, Bobi Wine a publiquement appelé Elon Musk à maintenir le service pour garantir la transparence du scrutin. De son côté, le ministère de l’Information nie toute volonté de couper le réseau, tout en rappelant fermement les interdictions de diffusion de contenus jugés « haineux » ou « incitants ».
Dans ce climat de peur et de surveillance, l’Ouganda s’apprête à voter sous les yeux d’une communauté internationale inquiète de voir l’histoire bégayer.

