Trois mois après la présidentielle camerounaise, 140 personnes ont comparu devant le tribunal militaire de Yaoundé, dans le cadre des arrestations liées à la crise postélectorale. Selon les familles interrogées par TV5 Monde, si certains détenus ont effectivement commis des infractions, la majorité serait innocente.
Parmi elles, la mère d’un jeune interpellé le 22 octobre, alors qu’il se rendait à son travail à Maroua, dans l’extrême nord du pays, raconte que son fils a été arrêté à moto, traîné au sol, battu puis emmené vers une destination inconnue.
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« J’ai fait le tour de tous les commissariats, de la police judiciaire et des brigades de la gendarmerie de la ville. Je n’ai retrouvé mon fils nulle part. Le lendemain, un homme en tenue que je connaissais dans le quartier m’a informé qu’il avait été déféré à la prison », relate-t-elle.
Son fils a finalement été libéré 40 jours plus tard, après des tractations entre la famille, les avocats et les autorités judiciaires. Plusieurs de ses anciens co-détenus, eux, restent incarcérés à la prison centrale de Maroua.
Adja Awa, également mère d’un détenu, réclame la libération de son fils Amadou Younoussa, 22 ans, arrêté alors qu’il faisait des courses au marché.
« Il n’a jamais manifesté, il n’a rien cassé. C’est un garçon calme, connu pour son sérieux », précise-t-elle.
Face à cette situation, le mouvement Défense citoyenne indique que 149 avocats ont été mobilisés dans la région et qu’un dispositif d’accompagnement juridique a été mis en place pour les personnes interpellées. Maître Alyoum Oumarou dénonce un schéma d’intimidation ciblée, visant à décourager toute forme de contestation. Il souligne que son mouvement a mené des plaidoyers pour dénoncer les abus et solliciter la libération immédiate des détenus arbitraires.
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Contactées par TV5 Monde, les autorités camerounaises n’ont pas souhaité répondre aux questions des journalistes.
Selon le ministère de l’Administration territoriale, 1 985 personnes ont été arrêtées dans le cadre de la crise postélectorale. Parmi elles, 615 ont été libérées sous caution, tandis que 963 restent en détention.

