La Cour d’appel de Tunis a alourdi mardi la peine de l’ancien président du Parlement et chef historique du mouvement islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, la portant à 20 ans de réclusion dans l’affaire dite du « complot 2 », contre 14 ans en première instance, a confirmé son avocat Me Samir Dilou à l’AFP.
Âgé de 84 ans, Rached Ghannouchi voit désormais le cumul de ses condamnations dépasser les 40 ans de prison, dans un contexte de durcissement judiciaire sans précédent contre les opposants au président Kaïs Saïed.
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La juridiction d’appel l’a reconnu coupable notamment de « complot contre la sécurité intérieure de l’État », un dossier fondé sur l’existence présumée d’un appareil sécuritaire clandestin qui aurait opéré pour le compte du parti Ennahdha. Les autorités tunisiennes accusent cette structure d’avoir infiltré l’État et cherché à en déstabiliser les institutions.
L’ancien chef du Parlement n’est pas le seul visé. Kamel Bedoui, militaire à la retraite, a vu sa peine portée de 14 à 20 ans de prison. D’autres figures de l’ancien appareil d’État ont été lourdement condamnées par contumace Nadia Akacha, ex-cheffe de cabinet du président Kaïs Saïed, et Rafik Abdessalem, ancien ministre et gendre de Ghannouchi,
ont chacun écopé de 35 ans de réclusion.
Face à cette décision, Rached Ghannouchi a annoncé qu’il ne se pourvoirait pas en cassation, une décision interprétée comme un acte de rupture politique et judiciaire. Son comité de défense dénonce des « dossiers politiques fabriqués de toutes pièces » et affirme que « toutes les garanties d’un procès équitable sont inexistantes dans le contexte politique actuel ».
Cette nouvelle condamnation s’inscrit dans une dynamique répressive engagée depuis le coup de force du 25 juillet 2021, lorsque le président Kaïs Saïed avait suspendu puis dissous le Parlement et limogé le gouvernement. Depuis, les poursuites contre les opposants se sont multipliées.
En novembre 2025, 34 figures politiques et administratives avaient déjà été condamnées dans une série de procès pour complot et atteinte à la sûreté de l’État. En février 2026, plusieurs cadres d’Ennahdha et anciens hauts fonctionnaires ont vu leurs peines alourdies en appel, confirmant la volonté du pouvoir d’intensifier la purge judiciaire.
Alors que les autorités affirment vouloir « assainir l’État » et lutter contre la corruption et les réseaux parallèles, les organisations de défense des droits humains et l’opposition dénoncent, elles, une dérive autoritaire visant à neutraliser toute alternative politique à l’approche des prochaines échéances électorales.

