Étudiante en médecine et slameuse, Ingrid’art avance entre deux univers qui, à première vue, semblent éloignés : celui des amphithéâtres, où elle prépare son avenir de médecin, et celui des scènes, où elle fait entendre sa voix à travers le slam. Dans une ville de Goma où les opportunités et l’accompagnement des artistes restent limités, la jeune femme poursuit pourtant son chemin avec les moyens dont elle dispose.
Son parcours vient récemment d’être marqué par une distinction. Ingrid’art a été désignée meilleure artiste féminine de la compétition de slam « Art’Elle », une reconnaissance qui vient encourager une passion qu’elle nourrit depuis plusieurs années.
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Quand les mots prennent vie
Un téléphone entre les mains, quelques mots soigneusement alignés et l’envie de dire ce qu’elle ressent : c’est souvent avec ces moyens simples qu’Ingrid’art fait vivre sa passion.
Faute de disposer de grands moyens de production, la slameuse transforme son téléphone en véritable petit studio. Elle y écrit, travaille ses textes, les enregistre avant de les partager sur les réseaux sociaux.
Pour elle, le manque d’accompagnement ne doit pas devenir une raison de renoncer.
« Il arrivait que je fasse des interprétations de textes des autres. Mais aujourd’hui, j’écris moi-même. Ce qui peut me distinguer des autres dans le slam, c’est que je fais ce qu’ils ne font pas : ils se limitent au manque d’accompagnement et de moyens, mais moi, j’utilise mon téléphone pour produire mes textes et les publier sur les réseaux », explique Ingrid’art.
Cette manière de faire traduit aussi sa volonté de créer malgré les contraintes auxquelles sont confrontés de nombreux artistes à Goma.
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De l’interprétation à l’écriture
Son histoire avec le slam prend véritablement forme lorsqu’elle est en première année de licence. Une amie l’emmène à une première prestation publique, à l’occasion de l’investiture d’un porte-parole des étudiants.
À cette période, Ingrid’art interprète encore les textes écrits par d’autres. Mais cette première expérience devant le public agit comme un déclic. Elle découvre progressivement le plaisir de porter ses propres mots et de raconter ce qui l’habite.
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Depuis, son inspiration se nourrit de ce qui l’entoure. La nature, les conversations, les expériences vécues et les souvenirs constituent sa matière première. Une scène de la vie quotidienne peut devenir une idée, une conversation une phrase et un souvenir le point de départ d’un nouveau texte.
C’est ainsi qu’elle construit progressivement son propre univers et trouve sa voix dans le slam.
« Lève-toi, avance »
Parmi ses productions, « Lève-toi, avance » occupe une place particulière.
À travers ce texte, Ingrid’art porte un message de persévérance : continuer malgré les critiques, avancer malgré les incompréhensions et rester fidèle à sa passion.
Un message qui fait également écho à son propre parcours.
Dans son entourage, son choix de consacrer du temps au slam n’a pas toujours été compris. Certaines prestations se terminant tard, ses retours à la maison ont parfois suscité des incompréhensions.
« Dans mon entourage, ils ont du mal à comprendre ma passion pour le slam. Encore à mes débuts, il arrivait que je rentre en retard à la maison à cause d’une prestation. À la maison, on ne le comprenait pas. Mais ces derniers temps, il y a ma mère qui commence à comprendre », raconte-t-elle.
Pour Ingrid’art, « Lève-toi, avance » dépasse ainsi le cadre d’une simple création artistique. Le texte traduit une manière de faire face aux obstacles : ne pas s’y arrêter et continuer à avancer.
Deux rêves, une même voix
À l’université, Ingrid’art poursuit ses études en médecine. Elle se prépare à un métier qu’elle espère exercer demain, avec le rêve de devenir médecin.
Sur scène, elle explore en parallèle une autre manière d’agir sur la vie des autres : celle qui passe par les mots.
Le slam lui permet de raconter ses expériences, de traduire ses observations et d’aborder les réalités de la société qui l’entoure. À Goma, où les espaces et les occasions de promotion du slam restent limités, elle choisit de créer elle-même des possibilités.
Son téléphone devient ainsi à la fois un outil d’écriture, d’enregistrement et de diffusion.
Une distinction, une nouvelle étape
La distinction obtenue à la compétition « Art’Elle », où elle a été désignée meilleure artiste féminine, marque une nouvelle étape dans ce parcours encore en construction.
Pour Ingrid’art, cette reconnaissance ne constitue cependant pas une fin en soi. Elle entend continuer à écrire, à expérimenter et à faire entendre ses textes, avec les moyens dont elle dispose.
Elle souhaite surtout que ses créations laissent une empreinte, à travers des messages capables de susciter la réflexion et des textes inspirés des réalités vécues par sa communauté.
Entre le rêve de devenir médecin et celui de s’affirmer comme artiste, Ingrid’art poursuit donc son chemin. Deux univers, mais une même détermination : se préparer à soigner par la médecine demain, tout en touchant dès aujourd’hui les consciences par les mots.
