À l’occasion de la Journée internationale de la musique, célébrée le 1er octobre de chaque année, plusieurs artistes de Bukavu sont appelés à mettre leurs talents au service de la paix, de la cohésion sociale et de la sensibilisation communautaire. Cet appel ressort des entretiens accordés à La Prunelle RDC par plusieurs acteurs du secteur culturel.
Pour ces derniers, la musique et l’art constituent des moyens importants de sensibilisation et peuvent contribuer au rapprochement des populations dans un contexte marqué par les tensions et les conflits.
Pour le rappeur Sar Eddy Safari, l’artiste ne doit pas être considéré comme un simple divertisseur. Il estime qu’il a également une responsabilité sociale, notamment dans la sensibilisation et la promotion des valeurs favorables à la paix.
« En temps de guerre comme en temps de paix, il est un éveilleur de conscience et un gardien de la mémoire », estime-t-il.
Selon lui, l’art peut contribuer à apaiser les tensions et à rapprocher les communautés.
« L’art peut être utilisé pour désarmer les esprits et réunir ce que la politique a divisé. Il peut aussi porter la voix des sans-voix », souligne-t-il.
Sar Eddy présente ainsi la musique comme un moyen de transmettre des valeurs et de porter des messages d’intérêt communautaire, au-delà du simple divertissement.
Il estime que les musiciens de Bukavu disposent d’un atout majeur : leur proximité avec le public. Selon lui, une chanson peut mobiliser des milliers de personnes là où un discours politique n’a pas réussi à convaincre. Les artistes peuvent donc mettre cette capacité à rassembler au service de messages positifs, notamment en faveur de la paix, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.
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« On ne doit pas seulement bouger les têtes, mais aussi les cœurs et les esprits. La musique peut être coup de poing, peut être tendresse, peut-être fraternité. Sans vouloir vraiment qu’on la fasse rentrer dans une case », conseille l’artiste.
Afande Roméo appelle à davantage de chansons consacrées à la paix
Artiste de l’ancienne génération et auteur de deux chansons consacrées à la paix, Afande Roméo encourage à son tour les jeunes artistes à mettre leurs talents au service de la paix et de la sensibilisation communautaire.
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Il invite ses collègues à produire davantage d’œuvres à caractère thématique afin de contribuer, à travers la musique, à la promotion de la paix et des bonnes pratiques au sein de la communauté.
« Un artiste ne se construit pas seul, il y a une équipe qui l’accompagne. Il est un miroir de la société et lorsqu’il chante une chanson dédiée à la paix, qu’elle est diffusée à la radio ou dans des chaînes de télévision, même les autorités qui sont connectées sur Internet peuvent savoir qui a chanté et le message sera bien compris », a-t-il déclaré.
Afande Roméo estime toutefois que la possibilité de « chanter pour la paix » peut dépendre du contexte. En situation de crise sécuritaire, un artiste peut avoir certaines limites, alors qu’en période d’accalmie, il dispose généralement de davantage de liberté.
Il appelle ainsi les artistes à entreprendre dans la paix, à promouvoir la musique et l’art comme moyens de sensibilisation et à produire des compositions susceptibles de contribuer à sauver des vies.
Sean Joe Praise déplore le manque de messages de paix
De son côté, Sean Joe Praise, connu pour ses chansons tradi-modernes, déplore ce qu’il considère comme une faible présence des artistes engagés dans la promotion de musiques consacrées à la paix à Bukavu.
Il observe que plusieurs artistes consacrent davantage leurs productions aux histoires d’amour, aux chansons à caractère polémique, au culte de la personnalité ainsi qu’à l’amusement.
« Les messages de paix dans les chansons locales manquent actuellement », fait-il savoir.
Pour lui, la promotion de la paix relève de la responsabilité de tous les artistes, quels que soient leurs domaines d’expression.
« Il est question de commencer d’abord chez soi en famille, au quartier, dans la communauté, par de petites actions, de petits gestes de considération de tout le monde au même pied d’égalité. »
À travers ces différents témoignages, les artistes interrogés souhaitent voir l’industrie culturelle de Bukavu jouer un rôle plus important dans la promotion de la paix et contribuer à sensibiliser les communautés en faveur de comportements et de décisions susceptibles de favoriser le retour de la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Une journée dédiée à la musique
Instaurée officiellement le 1er octobre à partir de 1975 par l’UNESCO, la Journée internationale de la musique vise à unir les personnes de tous horizons à travers leurs diverses expressions artistiques, notamment la musique, considérée comme un symbole d’égalité en raison de sa capacité à toucher des publics au-delà des différences.
À Bukavu, les artistes interrogés souhaitent ainsi que cette capacité de la musique à rassembler soit davantage mise à profit pour sensibiliser les communautés et promouvoir la paix.
