La pénurie de carburant continue de paralyser la vie économique au Burundi, où les autorités ont introduit un rationnement numérique via l’application « Igitoro Pass » pour tenter de gérer une offre devenue extrêmement limitée face à la demande nationale.
Cette mesure d’urgence intervient dans un contexte de rareté persistante des devises étrangères, aggravée par la contraction des recettes d’exportation du café, principale source historique de financement des importations énergétiques du pays.
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Dans les grandes villes comme Bujumbura, les stations-service sont devenues des espaces de tension sociale.
Les files d’attente s’étendent sur plusieurs centaines de mètres. Certains conducteurs passent la nuit à proximité des pompes dans l’espoir d’obtenir une quantité limitée de carburant.
Le système numérique de quotas fixe l’accès à environ 40 litres par semaine pour certains usagers. Mais pour de nombreux citoyens, l’existence du quota ne garantit pas la disponibilité réelle du produit, alimentant un sentiment de frustration et d’incertitude économique.
La crise énergétique s’enracine dans une fragilité macroéconomique plus large.
Le secteur du café, pilier historique de l’économie burundaise, connaît une baisse significative de production, réduisant drastiquement les entrées de devises indispensables pour les importations de produits pétroliers.
Cette situation favorise l’émergence d’un marché parallèle où les prix du carburant échappent aux régulations officielles et reflètent davantage la rareté que la politique publique.
Plusieurs sources locales dénoncent l’influence de pratiques corruptives qui alimentent le commerce informel du carburant.
Le marché noir prospère dans les zones urbaines, avec des prix souvent déconnectés des tarifs officiels, accentuant les inégalités d’accès à l’énergie et la vulnérabilité des ménages modestes.
Face à cette crise, les regards se tournent vers l’ouest avec la réouverture de la frontière de Gatumba avec la République démocratique du Congo.
Les autorités espèrent que cette connexion terrestre facilitera l’approvisionnement en carburant.
Cependant, certains analystes soulignent le risque stratégique d’une dépendance à un voisin confronté lui-même à des défis sécuritaires et logistiques dans plusieurs de ses régions.
Au-delà de la gestion conjoncturelle, la crise énergétique pose la question de la résilience économique du Burundi.
La capacité du pays à diversifier ses sources de revenus en devises étrangères et à stabiliser son système d’importation énergétique déterminera l’évolution de la situation dans les mois à venir.

