Les chefs militaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunis dans la capitale sierra-léonaise, ont validé la création d’une force de réaction rapide de 2.000 hommes, dont le déploiement est prévu d’ici fin 2026. Objectif : contenir l’expansion des groupes djihadistes dans une région devenue l’épicentre mondial du terrorisme, tout en amorçant un rapprochement stratégique avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Placée sous l’égide du président sierra-léonais Julius Maada Bio, la rencontre de Freetown marque un tournant opérationnel. L’état-major de la CEDEAO a acté le principe d’un contingent initial de 2.000 soldats. Les modalités précises (contributions nationales, calendrier détaillé, chaînes de commandement) devront être définies par les États membres dans les prochains mois.
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La mission assignée à cette force régionale est claire : verrouiller les couloirs de progression des groupes armés, notamment vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, de plus en plus exposés aux incursions djihadistes venues du Sahel central.
Selon les conclusions du sommet, l’urgence n’est plus à la concertation diplomatique, mais à l’opérationnalisation rapide des mécanismes de défense collective. La réduction des délais de déploiement figure parmi les priorités stratégiques, afin de répondre à l’expansion fulgurante des groupes armés transnationaux.
Le point le plus marquant de cette rencontre reste toutefois le virage diplomatique opéré par la CEDEAO. Malgré le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais regroupés au sein de l’AES, l’organisation ouest-africaine appelle à une « étroite coordination » avec ces États sahéliens.
Dans les échanges, les responsables militaires ont insisté sur une réalité stratégique : la menace djihadiste ne connaît pas de frontières politiques. Sans partage de renseignements ni coopération opérationnelle avec les armées sahéliennes, la future force en attente risquerait de se heurter à des zones grises sécuritaires, compromettant son efficacité.
Cette main tendue traduit ainsi une reconnaissance implicite de l’interdépendance sécuritaire régionale, en dépit des fractures diplomatiques persistantes entre la CEDEAO et les autorités de transition de l’AES.
Autre évolution majeure : la volonté affirmée d’autofinancement. Tirant les leçons des dépendances passées à l’égard des partenaires internationaux, les chefs militaires privilégient désormais la mobilisation des ressources internes avant de solliciter une aide extérieure.
Cette nouvelle doctrine vise à renforcer la souveraineté stratégique de la région, tout en garantissant une plus grande réactivité face aux menaces.
Les discussions de Freetown ont été largement influencées par les conclusions de l’Indice mondial du terrorisme 2024. Selon ce rapport, plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde sont désormais concentrés en Afrique de l’Ouest.
Face à ce constat alarmant, les responsables régionaux estiment que l’heure n’est plus au simple maintien de la paix, mais à une contre-offensive coordonnée, intégrée et souveraine.
Reste à savoir si cette force de 2.000 hommes et la coordination annoncée avec l’AES constitueront un véritable pacte de stabilisation régionale ou une tentative de la dernière chance face à une menace qui continue de redessiner la carte sécuritaire du continent.

