Un mois et demi après le renversement d’Umaro Sissoco Embalo, la junte militaire au pouvoir en Guinée-Bissau franchit une nouvelle étape dans la restructuration des institutions. Le Conseil National de Transition (CNT) a adopté à l’unanimité une révision constitutionnelle transformant radicalement le régime du pays, passant d’un système parlementaire à un présidentialisme renforcé.
Cette décision, prise lors d’une séance ouverte à la presse, confère au chef de l’État – actuellement le général Horta N’Tam, chef de la junte – tous les pouvoirs exécutifs : il pourra nommer librement le Premier ministre et les membres du gouvernement, ainsi que dissoudre le Parlement à sa discrétion. La réforme consacre ainsi la fin du régime parlementaire et la centralisation du pouvoir au sommet de l’exécutif.
Selon les autorités de transition, ce basculement institutionnel vise à mettre fin à l’instabilité chronique née des cohabitations difficiles entre la présidence et la majorité parlementaire. La Guinée-Bissau sort d’une crise politique majeure : en décembre 2023, l’ex-président Embalo avait dissous l’Assemblée nationale, alors dominée par l’opposition, et gouverné par ordonnances jusqu’à sa chute le 26 novembre 2024.
Outre ce changement de régime, la révision constitutionnelle prévoit un ajustement symbolique : l’Assemblée nationale populaire est désormais simplement rebaptisée « Assemblée nationale ».
Cette décision intervient dans un contexte de transition suspendue, le processus électoral ayant été gelé par l’armée pour une durée minimale d’un an après le coup d’État. Pour ce petit État d’Afrique de l’Ouest, déjà marqué par quatre putschs et de multiples tentatives d’insurrection depuis son indépendance en 1974, cette réforme ouvre un nouveau chapitre de son histoire politique mouvementée.

