À Bukavu, le slam n’est pas qu’un art de scène. Pour Nancy Bid Rhindye, il est une parole engagée, un outil d’éveil des consciences et un acte citoyen à part entière.
Contactée par la rédaction de La Prunelle RDC ce lundi 5 janvier 2026, la slameuse, poétesse et photographe s’est confiée sur son parcours artistique, académique et citoyen, révélant la trajectoire d’une jeune femme pour qui les mots sont porteurs de sens, de responsabilité et de transformation sociale.
Née le 27 mars 2006 à Bukavu, Nancy grandit dans une famille chrétienne où les valeurs morales, la discipline et le sens de la responsabilité structurent son regard sur le monde.
« J’ai compris très jeune que la parole pouvait soigner, mais aussi réveiller. Le silence, lui, entretient souvent l’injustice », confie-t-elle.
C’est en 2023, alors qu’elle est encore élève du secondaire, que Nancy découvre son attrait profond pour l’écriture et la scène. Les mots deviennent pour elle à la fois un refuge et une arme, un moyen d’exprimer ce que beaucoup taisent.
Elle se forme progressivement au slam-poésie, à l’art oratoire et à la prise de parole en public, construisant une identité artistique marquée par la sobriété scénique, la profondeur des textes et une forte conscience sociale.
Son intégration au collectif Passe-moi l’Mike marque un tournant décisif.
« Passe-moi l’Mike m’a appris que le talent seul ne suffit pas. Il faut de la discipline, de l’écoute et une vision », explique-t-elle.
Dans cet espace engagé et exigeant, Nancy affine sa plume et apprend la rigueur du travail collectif.
Convaincue que l’art gagne en impact lorsqu’il s’appuie sur le savoir, Nancy poursuit des études en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Catholique de Bukavu (UCB).
Brillante, elle valide sa première année avec succès et se voit confier le poste de chargée de la communication de la Faculté des Sciences sociales.
« Communiquer, ce n’est pas seulement informer, c’est orienter les consciences. À l’université comme sur scène, je porte cette responsabilité », souligne-t-elle.
Nancy s’impose progressivement sur les scènes culturelles de Bukavu, notamment à l’Institut Français de Bukavu, lors des sessions Slamons Liberté, Slamons RDC, Slamons l’Afrique, ainsi que durant la première et la deuxième édition de la Semaine Vibrante.
Ses textes abordent des thématiques fortes : paix, jeunesse, vulnérabilité sociale, identité africaine et responsabilité citoyenne.
Elle est également intervenante dans le projet Slam électoral, une initiative visant à sensibiliser les jeunes aux enjeux démocratiques.
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« Le vote est un droit, mais aussi un devoir moral. Le slam me permet de le dire sans donner de leçon », affirme-t-elle.
Son univers artistique est nourri par des rencontres et des influences marquantes. Elle partage des scènes et des projets avec Patricia Kamoso, Achilles Argus et Pascalina Nina, et se reconnaît profondément dans l’approche intellectuelle de Do Nsoseme Dora, autrice de Ngambo ya Congo.
Les écrits de Michel Muvudi et Laurent Kasindi alimentent également sa réflexion citoyenne.
Sa visibilité s’accroît grâce à des collaborations avec True Impact, Delia Ndaro, BMC, Optimist et Uwezo Médias.
« Les médias ont ce pouvoir de prolonger la parole de l’artiste au-delà de la scène. Je leur en suis reconnaissante », confie-t-elle.
Avec son spectacle de slam « TU TE TAIS, TU TE TUE », Nancy dénonce les effets destructeurs du silence et plaide pour la communication, le dialogue et l’écoute dans les familles, les écoles, les lieux de travail et la communauté.
Engagée sur le plan environnemental, elle est également community manager de Green Voices, une organisation internationale de sensibilisation écologique, où elle conjugue art, communication et plaidoyer environnemental.
Elle est aussi membre fondatrice de Bid Photography, un projet par lequel elle capture des réalités sociales souvent invisibilisées.
« La photographie est un slam silencieux. Elle parle aux yeux ce que les mots disent au cœur », explique-t-elle.
Nancy Bid Rhindye incarne aujourd’hui une voix crédible de la jeunesse consciente, une artiste disciplinée et engagée, une leader féminine émergente et une actrice du changement social, démocratique et environnemental.
Plusieurs projets sont en gestation, confie-t-elle, convaincue que l’avenir se construit dans la collaboration.
« Je ne veux pas briller seule. Je veux éclairer les autres », conclut-elle.
Édith Kazamwali

