Le président américain Donald Trump a averti qu’il n’excluait pas d’ordonner de nouvelles frappes militaires au Nigeria si les violences visant les communautés chrétiennes se poursuivaient. Une position qui tranche avec celle des autorités nigérianes, lesquelles rejettent l’idée d’une persécution religieuse systématique et présentent ces opérations comme relevant exclusivement de la lutte contre le terrorisme.
Dans une interview accordée au New York Times et publiée ce jeudi 8 janvier, le chef de l’État américain est revenu sur le raid mené par l’armée américaine le jour de Noël dans le nord-ouest du Nigeria. Interrogé sur la portée de cette opération, Donald Trump a durci le ton :
« J’aimerais que ce soit une frappe unique… Mais s’ils continuent à tuer des chrétiens, ce sera une frappe à répétition », a-t-il déclaré.
Si le Pentagone avait initialement présenté cette intervention comme une réponse à une demande du gouvernement nigérian, visant des cellules affiliées à l’État islamique, le président américain en livre une lecture ouvertement confessionnelle. Il a même qualifié l’opération de « cadeau de Noël » adressé aux groupes terroristes, insistant sur la dimension symbolique du choix de la date.
Cette rhétorique suscite une vive gêne au sein des autorités nigérianes, soucieuses de ne pas amalgamer la question sécuritaire à des clivages religieux. À Abuja, le gouvernement maintient que la frappe de Noël relevait d’une opération conjointe, strictement dirigée contre des groupes armés.
Le ministre des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, a tenu à recadrer le débat sur la chaîne Channels TV.
« Il faut bien préciser qu’il s’agit d’une opération conjointe, fondée sur des renseignements partagés, et qu’elle ne cible aucune religion », a-t-il insisté.
Pays le plus peuplé d’Afrique, avec près de 230 millions d’habitants, le Nigeria est marqué par une fracture géographique et religieuse, entre un Nord majoritairement musulman et un Sud à dominante chrétienne. Si Donald Trump affirme que les chrétiens sont les principales victimes des violences, plusieurs experts et acteurs humanitaires nuancent cette lecture.
Interrogé sur les rapports de son propre conseiller pour l’Afrique, qui indiquent que les groupes comme Boko Haram et Daech en Afrique de l’Ouest font statistiquement davantage de victimes parmi les musulmans, le président américain a maintenu sa position.
« Je pense que des musulmans sont aussi tués au Nigeria. Mais ce sont surtout des chrétiens. »
Dans un pays déjà fragilisé par des enlèvements de masse, des attaques répétées de groupes armés et des tensions communautaires latentes, la narration confessionnelle adoptée par Washington pourrait compliquer les relations diplomatiques avec Abuja. Les autorités nigérianes redoutent notamment que ce discours attise des fractures interreligieuses et compromette les efforts de stabilisation sur le terrain.
Alors que l’insécurité demeure endémique, l’équilibre entre coopération militaire internationale et préservation de la cohésion nationale apparaît plus que jamais délicat pour le Nigeria.

