La société française des hydrocarbures Total Energies a été condamnée à payer une amende record de 126 millions de dollars par la Commission anti-corruption du Nigeria pour non-respect des quotas d’emploi local. Cette sanction, révélée par le média spécialisé Africa Intelligence, illustre le durcissement des autorités nigérianes dans l’application des politiques de « contenu local » dans le secteur pétrolier.
Selon ces informations, le groupe français est accusé d’avoir enfreint les règles imposant un recours prioritaire à la main-d’œuvre nationale. L’infraction représenterait plus de 7 milliards de francs CFA. La multinationale conteste la décision et a saisi la justice nigériane pour tenter d’obtenir son annulation.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de « nigérianisation » accélérée du secteur des hydrocarbures. Depuis fin 2025, les autorités d’Nigeria ont renforcé leur arsenal réglementaire avec l’objectif d’atteindre 70 % de contenu local d’ici 2027.
Parmi les mesures adoptées figure le lancement, le 13 novembre 2025, du mécanisme NCDF (Nigerian Content Development Fund), un fonds destiné à financer les entreprises nationales grâce à une redevance de 1 % sur les contrats pétroliers. Un certificat de conformité est désormais exigé pour toute activité extractive, tandis que la création de la Nigerian Content Academy vise à former une expertise technique locale capable de réduire la dépendance aux compétences étrangères.
Le cas de Total Energies n’est pas isolé. En mai 2025, le Niger avait déjà sanctionné la China National Petroleum Corporation (CNPC). Le ministre nigérien du Pétrole, Sahabi Oumarou, avait exigé la résiliation immédiate des contrats des expatriés présents depuis plus de quatre ans dans le pays.
À Niamey, les autorités avaient également dénoncé de fortes disparités salariales, affirmant que les expatriés percevaient en moyenne un salaire six fois supérieur à celui des employés locaux, ainsi qu’une gestion jugée opaque, avec des données comptables rédigées en mandarin et pilotées depuis Pékin.
Qu’il s’agisse d’Abuja ou de Niamey, le signal envoyé aux multinationales est clair : les États africains entendent désormais renforcer leur souveraineté économique et s’assurer que l’exploitation de leurs ressources naturelles génère des retombées concrètes pour les économies nationales et les compétences locales.

