À quelques heures de l’élection présidentielle, les autorités ougandaises ont ordonné une suspension quasi totale de l’accès à Internet et aux réseaux sociaux. La mesure, entrée en vigueur ce 13 janvier 2026 à 18 heures, intervient dans un climat politique tendu marqué par la candidature de l’opposant Bobi Wine face au président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quarante ans.
Dans un communiqué officiel daté du 13 janvier (réf. ECO/436), la Commission ougandaise des communications (UCC) a instruit l’ensemble des opérateurs de téléphonie mobile et des fournisseurs d’accès à Internet de suspendre les services de données sur tout le territoire national.
Cette directive, émise sur recommandation du Comité inter-agences de sécurité, impose un blocage du trafic Internet jugé « non essentiel ». Sont concernés notamment les réseaux sociaux, les applications de messagerie, le streaming vidéo, ainsi que l’enregistrement de nouvelles cartes SIM.
La coupure s’applique à l’ensemble des infrastructures de télécommunication, sans exception technique. Les connexions par fibre optique, satellite, itinérance régionale et autres canaux de transmission sont affectées. Seuls quelques services techniques, limités à la maintenance des infrastructures et placés sous surveillance étroite, restent opérationnels.
Les autorités justifient cette décision par des impératifs de sécurité nationale. Toutefois, cette interruption prive journalistes, observateurs électoraux et organisations de la société civile de moyens essentiels pour relayer les informations en temps réel sur le déroulement du scrutin.
Ce verrouillage numérique survient dans un contexte électoral particulièrement sensible. Yoweri Museveni, âgé de 81 ans, sollicite un nouveau mandat après 40 années de règne ininterrompu. Face à lui, Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, 43 ans, incarne une opposition portée par une jeunesse largement mobilisée sur les plateformes numériques.
La neutralisation de services tels que WhatsApp, Facebook ou X (anciennement Twitter) est perçue par plusieurs organisations de la société civile comme une tentative de limiter la mobilisation et l’expression de l’opposition. Pour elles, ce « black-out » numérique constitue une atteinte à la transparence du processus électoral.
Arrivé au pouvoir en 1986, Yoweri Museveni figure parmi les chefs d’État les plus anciens du continent africain, derrière Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun. Dans un scrutin dont la crédibilité est déjà scrutée par la communauté internationale, cette coupure d’Internet pourrait accentuer l’isolement diplomatique de Kampala et renforcer les doutes autour du processus électoral.
Joseph Aciza

