Les récentes sanctions imposées par les États-Unis contre les Forces de défense rwandaises (FDR) et certains de leurs hauts responsables sont loin de constituer une réponse efficace à la crise persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo. C’est le constat dressé par l’Oakland Institute dans une analyse critique publiée ce mois.
Le 2 mars 2026, le Trésor américain a annoncé des sanctions visant les FDR pour leurs « violations flagrantes » de l’accord de paix signé en décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali, sous médiation américaine. Ces forces sont accusées de soutenir activement le Mouvement du 23 mars (M23), engagé dans des combats meurtriers dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.
Pour Frédéric Mousseau, ces sanctions, bien que significatives sur le plan politique, restent largement insuffisantes. Selon lui, elles ne ciblent pas les mécanismes économiques qui alimentent le conflit, notamment l’exploitation et la commercialisation des minerais congolais.
« Tant que les États-Unis continueront de soutenir le Rwanda comme plateforme de raffinage et de réexportation de minerais de contrebande, les acteurs armés n’auront aucune incitation à mettre fin à l’occupation des territoires congolais », estime-t-il.
L’analyse met en évidence une contradiction majeure : malgré les sanctions, Washington maintient ses partenariats économiques avec des entreprises liées au gouvernement rwandais.
C’est notamment le cas de Trinity Metals, une société rwandaise engagée dans une chaîne d’approvisionnement en étain vers les États-Unis, en collaboration avec des entreprises internationales. Ces accords, toujours en vigueur, permettent au Rwanda de consolider sa position stratégique dans le commerce des minerais critiques.
Par ailleurs, des liens entre certaines entreprises minières et les FDR, notamment via des participations indirectes, illustrent les limites des sanctions actuelles, qui n’affectent pas ces réseaux économiques.
Sur le terrain, les groupes armés continuent de tirer d’importants profits de l’exploitation illégale des ressources naturelles. Depuis la prise de contrôle de la mine de Rubaya en 2024, le M23 aurait généré environ 800.000 dollars par mois grâce au coltan.
En parallèle, les exportations d’or via le Rwanda ont atteint des niveaux record, estimés à près de 2 milliards de dollars en 2025, renforçant une économie de guerre difficile à enrayer.
Autre point soulevé : le maintien de l’aide internationale au Rwanda. Les États-Unis demeurent son principal partenaire bilatéral, avec des financements estimés à plusieurs centaines de millions de dollars ces dernières années. La Banque mondiale, quant à elle, soutient également des projets majeurs dans le pays.
Pour les analystes, cette situation renforce un sentiment d’impunité, alors même que Kigali est accusé d’ingérence et d’exploitation illégale des ressources en RDC.
Dans un rapport publié en octobre 2025, l’Oakland Institute alertait déjà sur les dérives d’une diplomatie axée sur les minerais critiques, au détriment d’une paix durable.
Selon Frédéric Mousseau, l’accord de paix soutenu par Washington aurait paradoxalement renforcé le rôle du Rwanda dans l’exploitation des ressources congolaises, malgré les accusations à son encontre.
« Récompenser un acteur impliqué dans le pillage des ressources ne peut conduire à une paix juste et durable », conclut-il.
Jean-Luc M.
