L’élimination des Léopards à la CAN 2025 dépasse désormais le cadre sportif. Elle s’impose comme un débat politique et national, révélant les fragilités structurelles du football congolais. Entre la prédominance des joueurs binationaux et des partenariats internationaux jugés coûteux et inefficaces, la discipline est à la croisée des chemins. Prince Epenge, figure de l’opposition, monte au créneau et plaide pour une rupture radicale avec le modèle actuel.
La défaite du 6 janvier face aux Fennecs d’Algérie continue de provoquer une onde de choc dans l’opinion publique. Interrogé ce vendredi 9 janvier par Média Congo Press (MCP), le président de l’ADD Congo et porte-parole de Martin Fayulu a livré un diagnostic sévère de ce qu’il qualifie de « chute progressive » d’un sport autrefois symbole de fierté nationale.
Selon Prince Epenge, la RDC est devenue consommatrice d’un football qu’elle ne produit plus. Il dénonce une sélection nationale composée quasi exclusivement de joueurs issus de la diaspora, symptôme selon lui d’un désengagement de l’État dans la détection et la formation locales.
Mais c’est surtout sur le plan financier que l’homme politique durcit le ton. Il exige la résiliation immédiate des contrats de partenariat avec le FC Barcelone et l’AS Monaco, qu’il considère comme des accords de prestige sans impact concret sur le développement du football congolais, que ce soit à Limete, Lubumbashi ou dans les provinces.
« Pourquoi financer le développement de clubs européens alors que notre Ligue nationale est cliniquement morte ? », s’interroge-t-il.
Prince Epenge propose ainsi de réallouer jusqu’à 80 % des fonds mobilisés par ces partenariats à la LINAFOOT, afin de relancer durablement le championnat national.
Au-delà de la critique, l’opposant avance une vision de refondation basée sur la souveraineté sportive, articulée autour de plusieurs axes majeurs :
- Le “soft power Lumumba” : valoriser des symboles nationaux forts pour construire un marketing sportif authentique, plutôt que dépendre de marques étrangères ;
- L’institutionnalisation du sport : l’adoption d’une loi-cadre pour protéger les sportifs et structurer le rôle social et économique du football ;
- Les infrastructures avant le prestige : investir prioritairement dans la construction de centres de formation et d’installations modernes sur l’ensemble du territoire national.
Pour Prince Epenge, la gestion actuelle des Léopards relève de « l’improvisation et de l’opportunisme ». En appelant à une refondation totale, il interpelle directement les dirigeants sportifs et politiques : le football congolais doit-il rester une vitrine pour des talents formés à l’étranger, ou redevenir une industrie nationale, créatrice de richesses et porteuse d’espoir pour la jeunesse ?
Joseph Aciza

