À Bukavu, le commerce transfrontalier entre la République démocratique du Congo et le Rwanda continue de fonctionner, malgré les tensions politiques entre les deux pays. Sur le terrain, les commerçants parlent d’une cohabitation globalement pacifique, mais aussi d’une concurrence de plus en plus rude et de règles commerciales jugées déséquilibrées.
C’est le constat dressé par Pascaline Safari, vice-présidente de la Plateforme des Commerçants Transfrontaliers, PCT Sud-Kivu, dans un entretien accordé à La Prunelle RDC, ce lundi 15 décembre 2025.
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Sur les marchés transfrontaliers, Congolais et Rwandais continuent d’échanger. Mais selon Pascaline Safari, la dynamique a changé.
« La cohabitation pacifique existe, mais aujourd’hui la concurrence devient excessive. Ce n’est plus comme avant. On peut acheter chez quelqu’un et il te suit encore avec la même marchandise, ce qui complique énormément le commerce », explique-t-elle.
Selon la vice-présidente du PCT, l’augmentation du nombre de commerçants, notamment des nouveaux venus parfois peu expérimentés, accentue la pression sur le marché et provoque des tensions liées aux prix et à la méconnaissance des règles.
Autre évolution notable : la gestion des conflits. Par le passé, les différends étaient souvent portés directement aux postes frontaliers, avec des accusations parfois fondées sur la langue ou l’origine nationale.
« Aujourd’hui, lorsqu’il y a un problème, les officiers renvoient les commerçants vers le marché et la communauté concernée pour chercher une solution. Cela a réduit les accusations et les malentendus », souligne Pascaline Safari.
Une approche qui favorise le dialogue et renforce la cohésion entre commerçants des deux pays.
Des avancées sont également enregistrées sur le plan fiscal. À l’ouverture de la frontière, plusieurs taxes douanières étaient jugées trop élevées, notamment pour les produits agricoles.
« Grâce à notre plaidoyer, certaines taxes ont été revues à la baisse, surtout pour les produits champêtres et d’élevage comme les fruits, les légumes ou les betteraves », se réjouit la vice-présidente du PCT Sud-Kivu.
Mais un déséquilibre majeur persiste. Les commerçants congolais dénoncent les difficultés quasi insurmontables pour exercer légalement une activité commerciale au Rwanda.
Pourtant, les produits congolais sont très demandés : poissons fumés, fretins secs, arachides, graines rouges, tournesol, bananes plantain, huile de palme ou encore balais artisanaux.
« Nous ne pouvons pas faire notre commerce au Rwanda. Les lois sont trop sévères pour les étrangers. Parfois, la déclaration douanière coûte plus cher que la marchandise elle-même », déplore Pascaline Safari.
Elle pointe aussi une application différente des règles commerciales : au Rwanda, la vente hors marché est strictement interdite, alors qu’en RDC, certains commerçants étrangers vendent sur la voie publique ou dans des marchés informels.
« Chez eux, c’est interdit. Ici, on voit parfois des étalages sur la route. Nous ne savons pas toujours ce que la loi autorise réellement », s’interroge-t-elle.
Malgré tout, l’optimisme demeure. La Plateforme des Commerçants Transfrontaliers affirme travailler avec ses partenaires pour surmonter ces difficultés.
« Nous réfléchissons à des solutions. Malgré les défis, le commerce transfrontalier continue d’évoluer », conclut la vice-présidente du PCT Sud-Kivu.
À noter que plusieurs organisations d’appui aux commerçants transfrontaliers organisent des formations pour renforcer la collaboration entre commerçants et améliorer les relations avec les services œuvrant aux frontières.

