Dans la salle Concordia, en commune d’Ibanda à Bukavu, le public a été plongé dimanche 1er mars 2026 dans un univers à la fois critique et identitaire à travers la pièce « Le retour de Walu ».
Portée par la compagnie théâtrale MonArtral, cette représentation marque une nouvelle étape dans l’engagement culturel de son auteur et dramaturge, Bulangalire Kioneo Espoir, connu sous le nom artistique Hope Espoir. Son ambition : faire du théâtre un véritable outil d’éveil des consciences.
Dans une ville où le théâtre se redécouvre progressivement après plusieurs années de silence, la salle était remplie de spectateurs. À 16 heures 30 précises, l’animateur annonçait le début de la représentation.
Sous un décor signé JC Shabani, composé d’une hutte, de pierres et d’accessoires évoquant un village paisible au petit matin, la pièce s’ouvre sur l’intervention de Songa, l’oncle de Macho, fiancée de Walu.
Interprétée par sept comédiens (le chef du village, son fils, Macho, sa mère, le vieux sage, l’oncle et Walu) la pièce explore la romance, la promesse, la ruse, la trahison, le rappel identitaire, mais aussi l’humour et la comédie, dans une mise en scène rythmée et expressive.
À travers cette création, Hope Espoir interpelle la jeunesse face aux effets de la mondialisation et à l’érosion des valeurs traditionnelles.
« Nous voulons éveiller la conscience de cette nouvelle génération au respect des valeurs et des pratiques traditionnelles face à l’évolution du monde. La mondialisation impose des manières de vivre, mais nous ne voulons pas que la jeunesse oublie ses racines et son identité », explique l’auteur.
Déjà connu pour ses œuvres « J’en ai marre » et « L’odeur des arbres », il nourrit désormais le projet d’organiser un festival de théâtre à Bukavu et de mettre en place une formation en jeu d’acteur afin de structurer davantage la scène locale.
La compagnie fait face à un défi majeur : le manque de comédiens formés. Plusieurs membres viennent initialement de l’humour et du slam, ce qui a nécessité un important travail d’adaptation au jeu théâtral. Pour y remédier durablement, un projet de formation est envisagé afin de professionnaliser la troupe.
Parmi les spectateurs, Gervais Chiralirhwa s’est dit agréablement surpris par la forte affluence. Il a salué la qualité de la mise en scène et encouragé l’auteur à publier la pièce, tout en soulignant quelques lacunes mineures de diction.
De son côté, Esther Ciza s’est montrée enthousiaste : « J’ai trouvé le spectacle incroyable. La mise en scène était parfaite, les acteurs excellents, avec un bon mélange d’humour, de slam et de poésie. Je donnerais une note de 9 ou 10 sur 10. »
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La représentation de « Le retour de Walu » démontre que le théâtre conserve toute sa vitalité à Bukavu malgré les défis structurels et le manque de moyens.
Entre engagement culturel, quête identitaire et volonté de professionnalisation, cette initiative apparaît comme un appel à la valorisation des racines culturelles et à la renaissance d’un véritable mouvement théâtral dans la province du Sud-Kivu.

