Le président malgache par intérim, Michael Randrianirina, a annoncé jeudi que tous les candidats au futur gouvernement devront se soumettre à des tests au polygraphe, une mesure inédite visant à filtrer les nominations avant l’annonce officielle de la nouvelle équipe prévue la semaine prochaine.
Dans un contexte de transition politique fragile, suite à la chute de Andry Rajoelina, le colonel Randrianirina mise sur cette technologie pour identifier les profils corrompus et stabiliser un pays marqué par plusieurs mois de contestation sociale. Cette approche, qui privilégie une « intégrité relative » à l’expérience politique classique, marque un tournant radical dans la gouvernance de la Grande Île.
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Devant la presse locale, le président par intérim a précisé que ces tests constitueront le pivot du processus de vérification.
« C’est grâce à ce polygraphe que seront effectuées les vérifications. Nous saurons qui est corrompu, qui peut nous aider et qui risque de trahir la lutte des jeunes », a-t-il déclaré.
Cette annonce fait suite au limogeage surprise, dix jours plus tôt, du précédent Premier ministre et de l’ensemble du cabinet, sans explication officielle. Le nouveau chef du gouvernement, Mamitiana Rajaonarison, expert en lutte contre le blanchiment d’argent, en poste depuis le 15 mars, collaborera directement avec le président pour mener ces interrogatoires techniques.
Le colonel Randrianirina a reconnu les difficultés à trouver des profils totalement irréprochables au sein de la classe politique.
« Nous ne cherchons pas quelqu’un de 100 % intègre, mais plutôt au-dessus de 60 % », a-t-il affirmé, estimant que ce seuil suffirait à amorcer le développement économique du pays.
Le pouvoir actuel est né des suites de la crise de septembre dernier. Initialement centrées sur les pénuries d’eau et d’électricité, les manifestations s’étaient transformées en un mouvement national ayant conduit Andry Rajoelina à l’exil. Le colonel Randrianirina, dont l’unité militaire avait rallié les manifestants, assure depuis octobre la transition, avec pour objectif l’organisation d’élections générales d’ici la fin 2027.
Le recours au polygraphe apparaît ainsi comme une tentative de rompre avec les « visages connus » de l’élite traditionnelle qui composaient le premier gouvernement intérimaire.
