Plus de 5.000 personnes ont été tuées et plus de 2.600 blessées en Haïti entre le 1er mars 2025 et le 15 janvier 2026, dans un contexte de violences généralisées liées aux gangs. C’est ce que révèle un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui dénonce l’emprise croissante des groupes armés sur le pays.
Selon ce rapport, les gangs sont directement responsables d’au moins 1.424 morts et 790 blessés. De leur côté, les opérations des forces de sécurité ont causé 3.497 morts et 1.742 blessés, tandis que les groupes d’autodéfense ont fait 598 morts et 76 blessés.
Au cours des douze derniers mois, les gangs ont étendu leur influence au-delà de Port-au-Prince, progressant vers le nord du pays, notamment dans les départements de l’Artibonite et du Centre.
L’objectif de ces groupes armés est clair : contrôler des axes stratégiques, notamment les routes terrestres et maritimes, afin de renforcer leur financement et leur capacité opérationnelle.
Le rapport onusien décrit des exactions massives contre les populations civiles. Les gangs ont multiplié les meurtres, enlèvements, trafics d’enfants, extorsions et destructions de biens publics et privés.
Certaines victimes, accusées de collaborer avec la police ou de défier l’autorité des gangs, ont été exécutées. D’autres ont subi des détentions arbitraires ou des « procès » illégaux, souvent accompagnés d’exigences de paiement pour leur libération.
Les violences sexuelles constituent également un outil de terreur. Entre mars et décembre 2025, au moins 1.571 femmes et filles ont été victimes d’abus, principalement de viols collectifs.
Certaines victimes, y compris des enfants, ont été contraintes à des relations forcées avec des membres de gangs, subissant des abus prolongés.
Le rapport pointe également des violations graves imputées aux forces de l’ordre. Entre mars 2025 et janvier 2026, 247 cas d’exécutions sommaires, réelles ou tentées, ont été recensés, entraînant la mort de 196 personnes.
Le document souligne l’absence d’enquêtes judiciaires sur ces faits, ainsi que l’inexistence de mécanismes de responsabilisation permettant aux victimes d’obtenir justice.
Depuis mars 2025, une société militaire privée, engagée par le gouvernement haïtien, a participé à des opérations de sécurité, notamment par des frappes de drones et des tirs d’hélicoptères. Certaines de ces actions pourraient s’apparenter à des assassinats ciblés.
Par ailleurs, des groupes d’autodéfense et des foules ont mené des actes de « justice populaire », lynchant des personnes soupçonnées d’appartenir à des gangs. Le rapport indique que certains de ces actes auraient été encouragés ou facilités par des éléments des forces de l’ordre.
Face à cette situation, Volker Türk appelle les autorités haïtiennes à garantir la sécurité tout en respectant les droits humains.
S’il note quelques avancées, notamment la mise en place d’unités judiciaires spécialisées pour traiter les crimes de masse, le rapport souligne que l’impunité reste la norme, notamment dans les affaires de corruption et de financement des gangs.
Le document mentionne également la création d’une nouvelle force soutenue par le Conseil de sécurité de l’ONU pour lutter contre les gangs, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre non seulement les exécutants, mais aussi les réseaux de financement.
« Il est crucial de renforcer l’État de droit et de lutter contre les inégalités socio-économiques afin de restaurer la cohésion sociale », a insisté le Haut-Commissaire.
