Les ressortissants de la République démocratique du Congo représentent désormais près de 50 % des demandes d’asile enregistrées à Mayotte, selon des informations relayées par France 24 dans l’émission « Info migrants ». Une progression notable comparée à 2022, où ils ne constituaient que 16 % des dossiers.
Cette hausse place la RDC au premier rang des nationalités sollicitant l’asile sur cette île française, devant les ressortissants comoriens. Un phénomène qui s’explique notamment par l’insécurité persistante dans l’Est du pays, en particulier dans la région du Kivu.
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D’après les journalistes d’« Info migrants », plusieurs centaines de Congolais ont récemment rejoint Mayotte, la plupart en provenance de l’Est de la RDC. Leur parcours migratoire passe généralement par la Tanzanie, jusqu’à Dar es Salaam, avant de tomber entre les mains de réseaux de passeurs qui organisent des traversées clandestines vers l’archipel.
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Ces voyages se font dans des conditions extrêmement précaires, à bord d’embarcations de fortune, sur plusieurs jours à travers l’océan Indien. Les risques sont élevés : dérives, chavirements et disparitions en mer. « La mortalité sur cette route maritime est très élevée, mais elle reste peu documentée », souligne la journaliste Charlotte Boithur, évoquant l’absence d’ONG de secours et de mécanismes fiables de recensement.
Fait inédit relevé par les reporters : certains migrants ignorent même leur destination finale au moment du départ.
« C’est au milieu de l’océan qu’on apprend qu’on va à Mayotte », témoigne Alain, un migrant congolais. Amini, un autre rescapé, confirme : « Nous sommes partis sans savoir où nous allions. Ce n’est qu’à l’arrivée qu’on nous a dit que nous étions en France ».
Selon Romain Philips, cette situation s’explique par l’urgence dans laquelle fuient ces populations.
« Elles partent dans la précipitation, sans planifier leur demande d’asile. Les passeurs exploitent cette peur en promettant une destination sûre », explique-t-il.
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Sur place, les conditions d’accueil sont particulièrement difficiles. Les capacités d’hébergement sont largement dépassées : environ 1 060 places seraient occupées pour plus de 1.080 personnes présentes dans les campements. Insalubrité, maladies, manque d’accès à l’éducation pour les enfants et conditions climatiques éprouvantes caractérisent le quotidien des migrants.
Face à cette situation, Justin Kashara, militant engagé dans l’accompagnement des migrants, alerte sur l’augmentation continue des flux depuis 2020. Il pointe notamment les conflits armés dans la région des Grands Lacs comme principal facteur de départ.
Il souligne également un phénomène préoccupant : certaines personnes non congolaises se déclareraient comme telles pour bénéficier du contexte d’asile favorable lié à la situation sécuritaire en RDC.
« L’absence de documents d’identité fiables complique la vérification des nationalités », explique-t-il.
Enfin, Justin Kashara appelle les autorités congolaises et internationales à renforcer la lutte contre la migration irrégulière et à améliorer les mécanismes d’identification, notamment par la délivrance de cartes d’identité nationales.
Ce flux migratoire croissant met en lumière à la fois les conséquences humanitaires des conflits dans l’Est de la RDC et les défis structurels liés à la gestion des migrations internationales.
Suzanne Baleke
