Parfois, certaines personnes refusent de choisir entre deux chemins. C’est le cas de Guershaum Say, artiste rappeur, auteur et médecin, qui construit son identité à la croisée de deux univers que l’on pourrait croire éloignés : la médecine et la musique. Chez lui, ces deux domaines se rejoignent pourtant autour d’une même volonté : comprendre l’être humain, raconter ce qu’il vit et, autant que possible, lui être utile.
Connu sur la scène musicale sous le nom de Bazir Say, il nourrit sa passion pour le hip-hop depuis 2011. Il fait alors ses premiers pas au sein du collectif Soldiers Sound, avant de poursuivre une carrière solo marquée par plusieurs titres, parmi lesquels Poésie vulgaire, Comme si j’étais mort et Bukavu22. En 2022, il sort également l’album Cœur bavard.
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Deux univers, une même identité
Le parcours de Bazir Say repose sur deux passions qui occupent une place centrale dans sa vie : la musique et la médecine.
Dans son propre récit, cette double orientation peut parfois donner l’impression d’une « double personnalité contradictoire ». D’un côté, l’artiste observe, ressent, écrit et transforme les émotions en textes. De l’autre, le médecin s’appuie sur la science, le soin et la compréhension du corps humain.
Mais derrière cette apparente opposition, il voit surtout une même sensibilité : celle d’un homme intéressé par l’être humain et par ses expériences.
Son parcours médical n’est donc pas, selon lui, une parenthèse dans sa carrière artistique. Il constitue une partie intégrante de son identité.
« C’est vrai que trouver l’équilibre est extrêmement difficile entre la musique, ma carrière dans la médecine et l’écriture. […] Moi, ce qui nourrit mon inspiration, c’est que je fais tout pour être le plus utile possible, parler des choses vécues ou, du moins, si je ne les ai pas vécues moi-même, m’inspirer de ce que je vois chez les autres, de la vie des gens et de leurs expériences. Le but, c’est d’être le plus authentique possible dans ce que je raconte », explique-t-il.
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La musique comme moyen de raconter l’humain
Bazir Say se définit comme un artiste et médecin, mais aussi comme un passionné d’art et de créativité.
Dans son univers musical, le rap ne sert pas uniquement à faire danser. La poésie, les textes et les punchlines occupent une place importante. Il cherche à faire réfléchir son public, mais également à lui transmettre des émotions.
Ses chansons abordent notamment la vie quotidienne, les réalités sociales, l’amour et les sentiments. Il veut faire ressentir la douleur, la joie, la tristesse ou encore le bonheur.
Même lorsqu’il explore des sonorités plus commerciales et dansantes, les paroles restent au cœur de sa démarche.
Respect, amour et compassion
Au-delà de la musique et de la médecine, Bazir Say construit également son identité autour de certaines valeurs.
La première est, selon lui, le respect. Il considère qu’il s’agit de l’une des choses les plus importantes qu’il souhaite offrir aux autres et recevoir en retour.
Vient ensuite l’amour, qu’il ne réduit pas à sa dimension romantique. Pour l’artiste, cette notion englobe également l’aide, la compassion et la sympathie.
Cette conception explique aussi le rapport qu’il entretient avec son public et son entourage. Derrière le nom de scène Bazir Say, il revendique l’image d’« un mec normal », passionné par l’art et porté par de nombreux projets.
Cette simplicité n’empêche cependant pas l’ambition. Il souhaite accomplir des choses pour lui-même, mais également pour sa communauté, et montrer à travers son parcours qu’un jeune Congolais peut poursuivre plusieurs ambitions et travailler à leur réalisation.
« Muda », le temps comme allié
Bazir Say compte plusieurs titres à son actif, parmi lesquels Cœur bavard, Belle, Juste mes mots, Comme si j’étais mort, Bracœur, Pour elle, Vibes et Flex.
Il a également consacré « Mwana maman » à sa mère, décédée quelques mois auparavant.
Depuis le 17 septembre, l’artiste propose un nouveau morceau intitulé « Muda », un mot swahili qui signifie « le temps » en français.
Le titre est présenté comme une chanson introspective autour de la patience, de la résilience et de la quête de soi. Mais pour Bazir Say, Muda porte surtout un message de détermination.
Le morceau s’adresse à ceux qui poursuivent un objectif, croient en leurs rêves et acceptent que leur réalisation puisse demander du temps.
« Pour ce qui est de ma nouvelle chanson “Muda”, qui est un titre swahili mais qui veut dire le temps en français, j’essaie d’exprimer cette détermination qu’on a, nous les jeunes, et que j’ai, pour ceux qui sont vraiment déterminés à réussir et à accomplir leurs objectifs, ceux qui veulent réaliser leurs rêves. […] On leur dit que tout est une question de temps parce que l’objectif est là, la détermination est là, il ne reste plus que le temps », explique-t-il.
Pour lui, cette chanson exprime également la confiance en soi et la détermination nécessaires pour travailler sur ses rêves, ses objectifs et ses projets.
Muda est aussi une chanson qui puise dans l’histoire personnelle de l’artiste.
Bazir Say y évoque les épreuves, les erreurs et les mauvaises expériences. Mais il ne considère pas le passé uniquement comme une succession d’échecs. Il y voit plutôt une source d’apprentissage.
Le temps permet, selon cette approche, de comprendre ce qui n’a pas fonctionné, de corriger certaines erreurs et d’éviter de les reproduire.
Cette conception donne au morceau une dimension plus personnelle. Muda ne parle donc pas seulement du futur d’un artiste qui souhaite réussir. Il raconte également le chemin parcouru pour devenir celui qu’il est aujourd’hui.
Chaque expérience devient ainsi une matière première : une leçon, une cicatrice, une meilleure compréhension de soi ou une nouvelle manière d’aborder l’avenir.
Le temps devient alors à la fois mémoire et projection.
Pour Bazir Say, l’histoire est loin d’être terminée.
La musique, la médecine et les différents projets qu’il porte continuent d’évoluer parallèlement. Son parcours reste celui d’un artiste en construction, qui entend utiliser le temps non comme une limite, mais comme une étape supplémentaire vers les objectifs qu’il s’est fixés.
Entre la blouse du médecin et le micro du rappeur, Guershaum Say continue ainsi de tracer un chemin singulier, convaincu qu’il n’est pas toujours nécessaire de choisir entre ses passions lorsqu’elles peuvent, au contraire, contribuer à construire une même identité.
Vinciane Ntabala
