À Goma, l’intelligence artificielle s’impose progressivement dans le travail des graphistes et designers. Si elle permet d’accélérer certaines tâches et de faciliter la réalisation de plusieurs travaux, elle suscite également des inquiétudes quant à la place de l’humain, à l’originalité des créations et à la préservation de l’identité visuelle des marques.
Pour René Amani, photographe, vidéaste, documentariste, graphiste et designer basé à Goma, l’intelligence artificielle constitue avant tout un outil qui permet de gagner du temps et d’accélérer certaines activités professionnelles.
« L’intelligence artificielle nous aide, par exemple, dans le détourage pour ceux qui font du Photoshop. Avant, il fallait utiliser l’outil Plume pour détourer, et cela prenait du temps. Si vous avez une affiche sur laquelle apparaissent plusieurs personnes, vous êtes obligé de détourer chaque figure sur la photo. Mais grâce à l’intelligence artificielle, la nouvelle version de Photoshop est devenue plus rapide : avec une simple instruction, l’IA agit. »
Selon lui, cette technologie facilite donc l’exécution de certaines opérations techniques qui pouvaient auparavant demander beaucoup plus de temps et de manipulation.
La crainte d’une standardisation des créations
Mais derrière ces gains de temps, René Amani relève également plusieurs défis liés à l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans le domaine du graphisme et du design.
Il cite notamment le risque de standardisation des visuels et de perte de la touche personnelle qui permet à une marque ou à une création de se distinguer.
« Ces derniers temps, nous voyons déjà des outils qui permettent de générer des images. Par exemple, vous avez un client qui veut créer un logo pour sa boutique et il fait recours à l’intelligence artificielle. Le logo ne sera pas standard, par exemple au niveau de la typographie. L’IA propose elle-même sa propre typographie, et ce n’est pas forcément le choix de l’homme. D’où une perte de la touche personnelle, même dans la conception. »
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Pour ce professionnel, le recours systématique à l’IA pourrait ainsi conduire à des créations qui se ressemblent davantage, au détriment de l’identité et des choix propres au concepteur ou au client.
L’humain doit rester au centre
Malgré ces défis, René Amani ne considère pas l’intelligence artificielle comme un outil destiné à remplacer systématiquement les professionnels du secteur. Il estime plutôt qu’elle devrait servir d’outil d’assistance, permettant aux graphistes et designers d’améliorer leur efficacité tout en conservant leur créativité et leur capacité de décision.
Pour lui, l’enjeu est donc de parvenir à utiliser les nouvelles technologies sans perdre ce qui fait la valeur du travail humain : la créativité, le choix artistique, l’originalité et la compréhension des besoins spécifiques d’un client.
À Goma, où les métiers de la photographie, de la vidéo, du graphisme et du design occupent une place importante dans la production de contenus visuels, l’intelligence artificielle apparaît ainsi à la fois comme une opportunité pour faciliter le travail et comme un défi pour préserver la créativité et l’identité des professionnels.
