Le réseau Europe-Afrique centrale (EurAc) et ses organisations membres ont exprimé leur profonde préoccupation face à la dégradation rapide du climat démocratique et de l’espace civique en République démocratique du Congo (RDC). Dans un communiqué publié récemment, le réseau estime qu’au-delà des violations des droits humains et des crimes commis dans l’Est du pays, les dernières semaines ont été marquées par une recrudescence de la violence et de la répression visant les acteurs de la société civile, faisant peser, selon lui, de graves risques sur la stabilité et la paix en RDC ainsi que dans la région des Grands Lacs.
EurAc revient notamment sur les manifestations du 12 juin 2026 organisées par la Coalition Article 64 (C64) pour protester contre les projets de modification de la Constitution attribués au parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Selon le réseau, ces manifestations, qualifiées de pacifiques, auraient été violemment dispersées par les forces de l’ordre et des éléments affiliés aux Forces du Progrès, faisant au moins 38 blessés, dont plusieurs responsables de l’opposition.
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Le réseau rappelle que la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement sont garantis par la Constitution congolaise ainsi que par les instruments internationaux relatifs aux droits humains. Il condamne ce qu’il qualifie de recours excessif et disproportionné à la force contre des citoyens exerçant leurs droits fondamentaux.
Dans son analyse, EurAc estime que ces événements s’inscrivent dans une tendance observée depuis le dernier cycle électoral, caractérisée par un rétrécissement progressif de l’espace civique en RDC. Le réseau évoque notamment les effets de l’état de siège instauré au Nord-Kivu et en Ituri depuis mai 2021, qui, selon lui, aurait entraîné une concentration des pouvoirs entre les mains des autorités militaires, une restriction des libertés fondamentales, une limitation de la participation citoyenne et une mise sous tutelle des institutions civiles.
Le communiqué souligne également que plusieurs médias, organisations de la société civile et défenseurs des droits humains auraient été inquiétés ou poursuivis dans le cadre de cet état de siège, prorogé à plus de 95 reprises. EurAc affirme par ailleurs que, dans d’autres provinces, des opposants politiques, des militants et des acteurs de la société civile auraient été victimes de harcèlement, d’arrestations, de détentions fondées sur des accusations de trahison ainsi que de disparitions forcées.
Le réseau estime que la situation actuelle marque un tournant préoccupant et s’inquiète particulièrement des agissements attribués à certains éléments des Forces du Progrès, présentées comme la ligue de jeunesse du parti au pouvoir. Selon EurAc, ces derniers seraient impliqués dans des agressions contre des civils, des attaques contre des lieux de culte, des actes de vandalisme visant notamment des sièges de partis politiques et des organisations religieuses, dont la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), ainsi que dans des violences commises lors de manifestations.
EurAc exprime également ses inquiétudes concernant le rôle grandissant du Centre National de la Cyberdéfense (CNC), auquel il attribue des arrestations et détentions arbitraires visant des opposants politiques et des acteurs de la société civile, réalisées, selon le communiqué, en dehors du cadre légal et dans des lieux tenus secrets.
Le réseau rappelle que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a récemment fait part de ses préoccupations concernant la situation des droits humains en RDC, tant dans les territoires affectés par les conflits armés à l’Est que dans le reste du pays.
S’agissant de la réaction de la communauté internationale, EurAc juge insuffisante la réponse de l’Union européenne. Le réseau reconnaît que le porte-parole de l’Union européenne pour les Affaires étrangères a réagi après les événements du 12 juin, mais estime que les institutions européennes et leurs États membres sont restés globalement passifs face à l’évolution de la situation.
Selon EurAc, l’Union européenne, qui fonde son action extérieure sur la promotion des droits humains et de l’État de droit, devrait utiliser l’ensemble de ses instruments diplomatiques afin de dénoncer publiquement les atteintes aux libertés fondamentales et appeler à un apaisement du climat politique en RDC.
Le réseau souligne également qu’un environnement respectueux des droits humains et des opinions divergentes demeure, selon lui, une condition essentielle à l’organisation d’un dialogue politique inclusif et durable. À ce titre, il appelle l’Union européenne et ses États membres à soutenir les initiatives portées par la société civile congolaise, notamment le Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble initié par la CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC).
Enfin, EurAc estime qu’une paix durable en RDC ne pourra être atteinte sans enquêtes indépendantes sur les violations des droits humains et du droit international humanitaire, sans poursuites contre les auteurs présumés de ces violations, ainsi que sans justice et réparation pour les victimes. Le réseau plaide pour une approche fondée sur la culture de la paix, la justice, la redevabilité et le respect des droits humains, qu’il considère comme indispensable pour une résolution durable des conflits en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs.
