Les exportations kényanes de viande vers le Moyen-Orient ont chuté de plus de 95 % en pleine période du Ramadan, sous l’effet de l’escalade des tensions régionales qui perturbe gravement le transport aérien et renchérit les coûts logistiques.
Habituellement florissante durant le mois sacré, la filière bovine kényane traverse aujourd’hui une crise sans précédent. En cause : l’insécurité dans l’espace aérien du Moyen-Orient, qui a entraîné la réduction des vols commerciaux et la fermeture de certains corridors stratégiques.
Selon Nicholas Ngahu, directeur général du Conseil des exportateurs de viande et de bétail du Kenya, les volumes d’expédition ont connu une chute vertigineuse. « Nous réalisons moins de 5 % de ce que nous sommes censés faire », alerte-t-il dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux.
Alors que les exportations atteignent habituellement près de 200 tonnes métriques par jour durant le Ramadan, elles oscillent désormais entre 5 et 15 tonnes. Depuis le début du mois de mars, sur un volume attendu d’un million de kilogrammes, à peine 50.000 ont pu être exportés.
Le blocage est principalement lié à la flambée des coûts du fret aérien. Pour contourner la raréfaction des vols, les opérateurs n’ont d’autre choix que de recourir à des avions-cargos privés, dont les tarifs ont plus que doublé.
Dennis Muraya, directeur de Konza Clearing Agency, explique que le coût du transport est passé de 1,50 à près de 3,50 dollars par kilogramme, notamment en raison de l’explosion des primes d’assurance liées au risque de guerre.
Cette situation engendre déjà des pertes importantes. Fin février, une cargaison de 20 tonnes destinée aux Émirats arabes unis a été contrainte de faire demi-tour en plein vol, générant des coûts élevés de stockage et de manutention pour une marchandise hautement périssable.
Le choc est d’autant plus violent que le Moyen-Orient constitue le principal débouché du Kenya. Les pays du Golfe, en particulier les Émirats arabes unis, absorbent jusqu’à 60 % des exportations de viande kényane, générant environ 2,3 millions de dollars par semaine.
Avec l’impossibilité d’acheminer les produits vers des hubs majeurs comme Abu Dhabi, Dubaï ou Koweït City, les abattoirs se retrouvent saturés. Faute de capacité de stockage, ils sont contraints de brader leurs produits sur le marché local.
Lire aussi : Crise au Moyen-Orient : le Kenya renforce la protection de ses ressortissants
Au-delà des pertes économiques, la crise affecte directement les acteurs de la filière :
- Réduction drastique des emplois : certains abattoirs ont diminué jusqu’à 80 % leur main-d’œuvre occasionnelle
- Effondrement des revenus : les éleveurs et commerçants subissent une chute brutale des prix du bétail
- Pression accrue sur les infrastructures locales : saturation des chambres froides et pertes de produits
Les professionnels du secteur redoutent désormais un effondrement durable si la situation perdure au-delà du Ramadan. La hausse des coûts logistiques, combinée à une demande régionale en baisse, pourrait fragiliser durablement toute la chaîne de valeur.
Joseph Aciza
