Une panne massive des infrastructures numériques mondiales pourrait provoquer des perturbations en cascade dans les secteurs de la santé, de l’énergie, des finances et des communications, avertit un nouveau rapport publié conjointement par le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR), l’Union internationale des télécommunications et Sciences Po Paris.
Le document évoque le scénario d’une véritable « pandémie numérique », dans lequel une défaillance majeure d’Internet ou des systèmes connectés pourrait paralyser une grande partie des activités humaines modernes.
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Selon les experts, les sociétés contemporaines sont devenues extrêmement dépendantes d’infrastructures numériques interconnectées, vulnérables aux catastrophes naturelles, aux tempêtes solaires, aux pannes techniques, aux phénomènes climatiques extrêmes ou encore aux débris spatiaux.
Le rapport souligne que jusqu’à 89 % des perturbations numériques ne proviennent pas directement du choc initial, mais d’effets en cascade touchant plusieurs systèmes à la fois. Les conséquences pourraient affecter un nombre de personnes jusqu’à dix fois supérieur à celui initialement exposé.
Parmi les scénarios envisagés figure notamment une tempête solaire comparable à celle qui avait frôlé la Terre en 2012. Un tel phénomène pourrait perturber les satellites, provoquer des coupures d’électricité massives et interrompre les transactions financières ainsi que les communications mondiales.
Les experts évoquent également les risques liés aux vagues de chaleur susceptibles de surcharger les centres de données, affectant les hôpitaux, les services d’urgence et les plateformes numériques essentielles.
Autre point critique : les câbles sous-marins, qui transportent plus de 99 % du trafic Internet mondial. Leur endommagement pourrait isoler certaines régions pendant plusieurs semaines, avec des conséquences économiques et logistiques majeures.
Lors d’une conférence de presse à Genève, la Secrétaire générale de l’UIT, Doreen Bogdan-Martin, a mis en garde contre un scénario de panne généralisée.
« Nous ne pourrions pas suivre cette conférence de presse en direct. Les lumières de cette salle s’éteindraient probablement. Les systèmes de paiement finiraient par se bloquer, les appels d’urgence auraient du mal à passer et il serait de plus en plus difficile d’accéder à des informations fiables sur la conduite à tenir », a-t-elle déclaré.
Le rapport identifie quatre infrastructures considérées comme essentielles au fonctionnement du numérique mondial : les réseaux électriques, les satellites, les centres de données et les câbles sous-marins. Leur forte interdépendance constitue à la fois une force et une vulnérabilité.
Aujourd’hui, environ 5,5 milliards de personnes utilisent Internet à travers le monde, soit près de 70 % de la population mondiale. Les systèmes de santé, les marchés financiers, les services publics et même les processus électoraux reposent désormais sur ces réseaux numériques mondiaux.
Pour illustrer les risques systémiques, le rapport revient également sur l’attaque informatique NotPetya de 2017. Partie d’un logiciel ukrainien apparemment anodin, cette cyberattaque avait provoqué plus de 10 milliards de dollars de pertes à travers le monde.
Face à ces menaces, les Nations Unies estiment que les États restent insuffisamment préparés à des coupures massives de satellites, d’électricité ou de câbles sous-marins.
Le rapport recommande ainsi le renforcement des normes internationales, le maintien de capacités de secours analogiques, une meilleure coordination internationale autour des systèmes spatiaux et des infrastructures numériques critiques, ainsi qu’une mise à jour des mécanismes de gestion des risques.
Le Chef du Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes, Kamal Kishore, estime que la question n’est plus de savoir si une catastrophe numérique surviendra, mais quand.
« Le risque d’une catastrophe numérique n’est pas une question de “si”, mais de “quand”. Nous ferions donc mieux de commencer à nous y préparer dès maintenant », a-t-il averti.
