La liberté de la presse n’a jamais été aussi menacée depuis un quart de siècle. Selon le dernier classement publié par Reporters sans frontières, plus de la moitié des pays du monde se trouvent désormais dans une situation « difficile » ou « très grave », une première depuis la création de cet indice en 2002.
Le rapport 2026 met en évidence une dégradation globale du score moyen mondial, qui atteint son niveau le plus bas en 25 ans. En parallèle, moins de 1 % de la population mondiale vit aujourd’hui dans un pays où la liberté de la presse est jugée « bonne », contre 20 % en 2002.
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Dans son analyse, Anne Bocandé alerte sur une « asphyxie du journalisme » à l’échelle mondiale :
« Jusqu’à quand allons-nous tolérer l’entrave systématique des journalistes et l’érosion continue de la liberté de la presse ? (…) La passivité devient une forme de caution. »
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Parmi les facteurs majeurs de cette dégradation figure la criminalisation croissante du journalisme. L’indicateur légal est celui qui recule le plus en 2026, avec une détérioration observée dans plus de 60 % des pays. De nombreuses législations, souvent justifiées par la sécurité nationale ou la lutte contre le terrorisme, sont détournées pour limiter l’accès à l’information et poursuivre des journalistes.
Ce phénomène touche aussi bien les régimes autoritaires que certaines démocraties. Des pays comme l’Inde, l’Égypte, Israël ou encore la Géorgie illustrent cette tendance, tandis que des lois restrictives continuent de se multiplier à travers le monde.
Les conflits armés constituent également un facteur aggravant. Des pays comme l’Irak, le Soudan ou le Yémen figurent parmi les plus dangereux pour les journalistes. À Gaza, plus de 220 journalistes ont été tués depuis octobre 2023 dans le cadre du conflit impliquant Israël.
Dans les régimes fermés, la situation reste critique. Érythrée occupe la dernière place du classement pour la troisième année consécutive, tandis que la Norvège conserve la première position pour la dixième année d’affilée.
Certaines évolutions notables sont toutefois observées. La Syrie enregistre la plus forte progression (+36 places) après la chute du régime de Bachar al-Assad, tandis que le Niger subit la plus forte baisse (-37 places), illustrant la dégradation continue au Sahel.
Sur le continent américain, la situation se détériore également. Les États-Unis reculent à la 64ᵉ place, perdant sept positions, dans un contexte marqué par des tensions politiques et des attaques répétées contre les médias. Plusieurs pays d’Amérique latine, comme l’Équateur et le Pérou, enregistrent aussi des chutes importantes, liées notamment à la violence du crime organisé et aux pressions politiques.
Face à ces tendances, RSF appelle à une réaction urgente des États et des citoyens pour protéger la liberté de la presse, renforcer les mécanismes de protection des journalistes et mettre fin à l’impunité.
« La balle est dans le camp des démocraties (…) pour faire barrage à ceux qui organisent le silence », conclut Anne Bocandé.
En résumé, le classement 2026 confirme une tendance lourde : entre conflits, pressions politiques, dérives législatives et violences, la liberté de la presse continue de reculer dans le monde, mettant en péril le droit fondamental à l’information.
Jean-Luc M.
