À Bukavu, Achille Argus s’impose progressivement comme l’une des figures montantes de la scène artistique locale. Entre slam, poésie et théâtre, cet artiste multidisciplinaire puise son inspiration dans le quotidien, les réalités sociales et l’imaginaire pour transmettre des messages forts. À travers son parcours et son engagement auprès des jeunes artistes, il incarne une génération d’artistes bukaviens convaincus que l’art peut transformer les consciences et contribuer à reconstruire une société marquée par les blessures des conflits.
De son vrai nom Achille Rugamizi, Argus est à la fois poète, slameur, comédien et metteur en scène. Pour lui, l’art ne se limite pas au divertissement. Il constitue un espace de réflexion, d’humanisme et parfois même de guérison sociale dans un contexte où la société a été profondément marquée par des crises et des conflits.
Un parcours artistique qui commence dès l’enfance
La passion artistique d’Achille Argus remonte à son enfance. Élève à l’école Le Progrès, il s’initie très tôt au théâtre et surtout à la danse traditionnelle. Dès la deuxième année primaire, il intègre le groupe folklorique du Kivu, où il développe un goût prononcé pour la scène et les expressions culturelles.
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Son parcours se poursuit ensuite au collège Alfajiri, l’un des établissements scolaires réputés de Bukavu, où il continue à cultiver sa passion artistique. C’est également durant cette période qu’il développe de manière plus indépendante la danse, notamment le street dance, inspiré des chorégraphies de la star mondiale de la pop Michael Jackson.
Toujours au collège, il rejoint la troupe Alpha Théâtre, où il interprète plusieurs rôles dans des pièces à caractère social. Cette expérience renforce son intérêt pour les arts de la scène et pour l’utilisation de l’art comme moyen d’expression des réalités sociales.
Plus tard, il intègre le ballet Notre-Dame de la Paix, dirigé par le docteur Adolphe Nyakasane, avec lequel il participe à différentes représentations théâtrales jusqu’à ses années universitaires.
Si la scène l’a accompagné dès l’enfance, l’écriture arrive plus tard dans son parcours artistique.
« L’écriture, je la découvre en 2014. Je prends goût à l’écriture à travers mes amis, un groupe d’amis avec lesquels on lisait beaucoup », raconte-t-il.
L’année suivante marque une étape importante dans son évolution artistique. En 2015, alors qu’il est en première année universitaire, il intègre un atelier d’écriture organisé par l’Institut français de Kigali.
« En 2015, je vais intégrer l’atelier d’écriture à travers l’Institut français de Kigali. Là, j’étais déjà en G1. Je vais continuer à pratiquer en parallèle le théâtre et le slam poésie que j’essaie de découvrir à travers l’atelier de slam de l’Institut français », explique-t-il.
Ces formations et les rencontres avec d’autres artistes contribuent à enrichir sa pratique artistique. Peu à peu, il développe un style qui mêle poésie, slam et théâtre.
Après plusieurs formations et expériences accumulées au fil des années, Achille Argus décide en 2021, juste après l’obtention de son diplôme universitaire, de se consacrer pleinement à une carrière artistique plus professionnelle.
Pour Achille Argus, l’inspiration artistique se nourrit principalement de la société, du quotidien et de l’actualité. Mais elle puise également dans l’imaginaire, qui permet selon lui de créer, d’anticiper et de proposer d’autres manières de penser le monde.
À travers ses textes et ses performances, il cherche avant tout à transmettre des messages porteurs de sens, mêlant réflexion sociale et esthétique.
Sa carrière artistique prend une dimension plus professionnelle à partir de 2017 avec la création de son propre collectif artistique. Cette étape lui ouvre de nouvelles opportunités : participation à plusieurs ateliers, voyages, rencontres avec d’autres artistes et découverte de différentes pratiques artistiques.
Ces expériences contribuent à l’évolution de son identité artistique et à l’élargissement de son horizon créatif.
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Comme beaucoup d’artistes, Achille Argus a dû faire face à plusieurs défis dans son parcours. Pour lui, le principal obstacle n’a pas forcément été matériel, mais plutôt artistique.
« Moi, je crois que le plus grand défi que j’ai déjà eu dans ma carrière, c’est de trouver sa voie. Comme je suis passé par plusieurs secteurs artistiques, entre autres la danse, l’humour, le slam et le théâtre, le plus grand défi a été de trouver ou de créer son identité personnelle », explique-t-il.
Il estime que cette quête d’identité artistique est un défi auquel de nombreux artistes sont confrontés.
« Trouver qui on est, ce qu’on veut être, ce qu’on veut produire et ce qu’on est capable de faire, tout en se dépassant mais en restant focus sur quelque chose », ajoute-t-il.
Avec le temps et l’expérience, il affirme continuer à construire progressivement cette identité.
Des succès construits au fil des expériences
Malgré les défis, Achille Argus considère son parcours comme une succession d’expériences qui l’ont fait grandir.
Il évoque notamment les opportunités de voyager dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo ainsi que dans certains pays voisins. Ces déplacements lui ont permis de rencontrer d’autres artistes, de participer à des événements culturels et de suivre diverses formations.
Lauréat de plusieurs concours artistiques, il considère ces distinctions comme des étapes importantes de son évolution.
Cependant, pour lui, le plus grand succès reste la création et le développement de structures culturelles auxquelles il a contribué. À travers ces initiatives, il se réjouit particulièrement d’avoir encadré et accompagné de nombreux jeunes artistes.
Il cite notamment les collectifs et structures culturelles ECO D’HUM et Man of People, qui ont permis à plusieurs jeunes talents de s’exprimer et de se développer artistiquement.
Une œuvre artistique multilingue et engagée
Achille Argus est également l’auteur de plusieurs titres de slam musical, parmi lesquels : « Hungwe », « Mila Zetu », « Makuta », « Travaillez », « Bugali », « Envie », « Pour mes semblables », « Je vous salue ma rue », « Kasigwa », « Okachihaba » et « Maître Ruja », entre autres.
Dans ses œuvres, il mélange plusieurs langues, notamment le français, le swahili, le mashi et parfois l’anglais. Ce choix linguistique lui permet selon lui de toucher un public plus large et de donner davantage d’impact à ses messages.
Interrogé sur la source de son inspiration, l’artiste explique que ses créations s’articulent autour d’un thème central : l’humanité.
À travers ses textes, il aborde le quotidien de l’homme, ses réalités et ses espoirs, tout en partageant sa vision du monde. Pour lui, l’art est avant tout un espace de dialogue avec la société.
Un nouveau concert à Bukavu
Achille Argus s’apprête également à franchir une nouvelle étape de sa carrière artistique avec un concert intitulé « Externational », prévu le 26 avril 2026 à Bukavu.
À travers ce spectacle, l’artiste souhaite mettre l’humain au-delà des origines, des nationalités et des frontières. Porté par le slam et la poésie, le concert défendra des valeurs de vivre-ensemble, de cohabitation pacifique et d’humanisme inspirées du concept africain d’Ubuntu.
Ce spectacle servira également de lancement pour la sortie prochaine de son album portant le même titre, dont certains morceaux seront présentés en exclusivité au public.
L’événement se tiendra dans la salle Sant’Egidio à Bukavu. Les billets seront accessibles au public avec un ticket standard fixé à 5 dollars, 10 dollars pour l’accès VIP, tandis que le ticket de sponsoring est proposé à prix libre.
« Nous avons déjà repris les répétitions et nous retravaillons le spectacle. Le temps nous a permis de devenir un peu plus mûrs, comme du vin. “Externational” présente une autre dimension de l’artiste que je suis devenu : un slammer capable de rapper, de chanter et de parler, mais surtout de transmettre un message humain », confie-t-il.
Selon lui, l’objectif n’est pas seulement d’impressionner le public par la technique ou les mots, mais surtout de toucher les cœurs.
« Ce n’est pas forcément toucher les cerveaux ou impressionner les cerveaux, mais toucher les cœurs et passer un message qui s’adresse directement aux gens. L’artiste que vous allez découvrir n’est peut-être pas celui que vous connaissez tous les jours. C’est une grande surprise. Moi-même, j’ai hâte de découvrir l’artiste que je suis devenu », ajoute-t-il.
À travers ce concert, Achille Argus lance ainsi une invitation au public à célébrer l’humanité au-delà des origines, des croyances et des frontières.
Pour lui, la scène reste avant tout un espace de rencontre, de dialogue et de partage, où le message du vivre-ensemble prend tout son sens.
Il encourage également les amoureux de la culture à suivre ses activités sur les réseaux sociaux et à réserver leurs places pour ce spectacle qu’il considère comme un moment de communion artistique avec le public.
Vinciane Ntabala
