La liberté de la presse continue de se dégrader en Afrique subsaharienne, fragilisée par les conflits armés, la criminalisation du journalisme et les pressions économiques, selon le classement 2026 de Reporters Sans Frontières (RSF). Classement qui prend 180 pays.
Dans cette région marquée par l’instabilité politique (des Grands Lacs au Sahel en passant par le Soudan (161e)) la situation est désormais jugée « difficile » dans 24 des 48 pays et « très grave » dans cinq États, dont le Rwanda (139e), l’Éthiopie (148e), le Soudan (161e), Djibouti (167e) et l’Érythrée (180e), ce dernier occupant la dernière place mondiale pour la troisième année consécutive.
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Dans plusieurs pays, les autorités utilisent des lois liées à la sécurité nationale ou à la cybercriminalité pour restreindre la liberté de la presse. Cette tendance est particulièrement visible dans les pays du Sahel.
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Le Niger (120e) enregistre la plus forte chute mondiale (-37 places), tandis que le Mali (121e) et le Burkina Faso (110e) poursuivent leur déclin. Dans ces États membres de l’Alliance des États du Sahel, les régimes militaires multiplient les arrestations arbitraires de journalistes, souvent accusés de « diffusion de fausses informations » ou d’atteinte à la sûreté de l’État.
Des cas de disparitions et de détentions prolongées de journalistes y sont signalés, accompagnés de suspensions de médias visant à contrôler l’information.
Le Bénin (113e), autrefois considéré comme relativement stable, chute également dans le classement, illustrant un durcissement du climat médiatique.
Dans la région des Grands Lacs, la répression judiciaire persiste. En République démocratique du Congo (130e), des journalistes ont été poursuivis pour des motifs liés à la sécurité nationale. Au Burundi (119e), plusieurs professionnels des médias ont également été inquiétés, tandis qu’au Rwanda (139e), certains journalistes restent détenus pour des accusations telles que « incitation à l’agitation », selon RSF.
Les conflits armés aggravent fortement la situation. En République démocratique du Congo (130e), notamment dans l’Est du pays, les journalistes sont pris entre les groupes armés et les FARDC, les contraignant souvent à se déplacer ou à s’exiler.
Au Soudan (161e), la guerre a quasiment réduit au silence les médias indépendants, poussant de nombreux journalistes à fuir pour échapper aux arrestations ou aux violences. En Éthiopie (148e), les restrictions sécuritaires restent également très fortes.
Au-delà des pressions politiques et sécuritaires, la précarité économique des médias constitue un autre facteur majeur de fragilisation. Dans plusieurs pays, les organes de presse peinent à survivre faute de ressources et de réformes structurelles.
La Mauritanie (61e), malgré des engagements en faveur de la liberté d’informer, recule dans le classement en raison de retards dans la mise en œuvre des réformes et de la faiblesse du secteur médiatique.
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Malgré ce tableau globalement préoccupant, certains pays résistent. Le Ghana (39e) et l’Afrique du Sud (21e) figurent parmi les mieux classés du continent, avec une situation jugée « plutôt bonne » pour la liberté de la presse.
Dans l’ensemble, le classement 2026 confirme une tendance lourde en Afrique : entre conflits, dérives autoritaires et fragilité économique, l’espace médiatique continue de se réduire, exposant davantage les journalistes et affaiblissant le droit à l’information.
Jean-Luc M.
