La vie continue normalement à Goma, malgré l’ombre persistante de l’épidémie d’Ebola. Dans les transports en commun, les mesures de prévention annoncées par le maire de Goma sous administration du M23, Désiré Ngabo Kisuba, peinent à être respectées.
Dans un communiqué officiel publié le 26 mai 2026, l’autorité urbaine a pourtant décidé de limiter le nombre de passagers à bord des véhicules de transport en commun afin de réduire les risques de propagation du virus. Les minibus de type HIACE doivent désormais transporter 12 passagers au lieu de 18, tandis que les motos à trois roues de marque Bajaj sont limitées à 4 personnes au lieu de 6.
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Mais sur le terrain, le constat est tout autre.
Il est 10 heures ce jeudi au parking Terminus. Dès les premiers instants, une réalité saute aux yeux : les mesures annoncées restent largement ignorées. Les véhicules continuent de circuler avec le nombre habituel de passagers, sans respect de la distanciation sociale.
À bord d’un taxi-bus en direction du marché de Birere, un chauffeur, qui préfère garder l’anonymat, dit avoir appris la décision de manière informelle.
« J’ai entendu cette information dans la rue. La mesure peut être bonne sur le plan sanitaire, mais elle ne tient pas compte de notre réalité économique », explique-t-il.
Pour ce conducteur, réduire le nombre de passagers sans accompagnement financier met en péril les revenus des chauffeurs.
« Si on nous oblige à transporter moins de personnes, il faudrait au moins revoir le prix de la course, de 1.000 à 2.000 francs congolais. Sinon, nous ne pourrons pas survivre », ajoute-t-il.
Au parking du grand marché de Birere, plusieurs chauffeurs affirment avoir entendu parler de la mesure, mais disent n’avoir reçu aucune communication officielle de la part de leurs syndicats ou des autorités urbaines. Certains pensent même qu’il ne s’agit encore que d’une rumeur ou d’une décision qui n’entrerait en vigueur qu’à partir de la semaine prochaine.
Du côté des conducteurs de Bajaj assurant la liaison Birere-Kihisi, le scepticisme domine également.
« Notre responsable ne nous a pas encore réunis pour nous expliquer cela. Jusqu’ici, ce sont seulement des rumeurs. Et honnêtement, je ne pense pas que cette mesure soit adaptée à notre situation socio-économique », affirme un conducteur rencontré sur place.
En fin d’après-midi, le constat reste inchangé. À bord d’un autre minibus emprunté pour le trajet retour, les 18 places sont occupées comme à l’accoutumée. Aucun dispositif visible de distanciation n’est appliqué.
Interrogé sur cette situation, un chauffeur reconnaît l’autorité de la décision, mais estime que son application reste difficile sans mécanisme d’accompagnement.
« Personne n’est au-dessus de l’autorité. Si le contrôle est strict, nous allons nous conformer. Mais comment nourrir nos familles et remettre l’argent exigé par les propriétaires des véhicules si nous réduisons le nombre de clients ? », s’interroge-t-il.
Selon lui, le renforcement des mesures barrières pourrait constituer une alternative plus réaliste.
« On pourrait plutôt imposer le port obligatoire du masque et d’autres mesures d’hygiène, tout en nous permettant de continuer à travailler normalement », propose-t-il.
À Goma, un fossé semble ainsi se creuser entre les décisions administratives et les réalités économiques des transporteurs. Si les chauffeurs reconnaissent les risques liés à Ebola, beaucoup estiment que la lutte contre l’épidémie ne devrait pas se faire au détriment de leur survie quotidienne.
En attendant une véritable campagne de sensibilisation ou d’éventuelles mesures d’accompagnement économique, les bus et Bajaj continuent de circuler pleins, au mépris des nouvelles directives sanitaires.
